vendredi 12 mars 2010

IL EXISTE AUSSI UNE "BANALITE DU BIEN", PORTEUSE D'ESPOIR


A la veille de la sortie du film "La rafle", 3,5 millions de téléspectateurs ont regardé la spéciale "Rafle du Vel d'Hiv" diffusée sur France 2 mardi dernier, dont, espérons-le, une grande majorité de jeunes qui ne connaissaient pas cet épisode.

Pour ceux qui n'ont pas eu la possibilité de la voir, je vous invite à cliquer sur ce lien pour accéder au podcast, disponible en intégralité sur le site de France 2 jusqu'au 16 mars (vidéo non téléchargeable).

Le contenu : Au cours de l’été 1942, l’opération menée par la police française, sur ordre des autorités de Vichy, conduit plus de 13000 juifs vers les camps d’extermination.Reportages
, archives, extraits du film "La rafle", témoignages des survivants et des acteurs qui ont joué leurs rôles, analyses et expertises de spécialistes et d’historiens : deux heures d’émission présentée par Marie Drucker pour comprendre et expliquer l’une des pages les plus sombres de l’histoire de France.

Si nous n'oublions pas ces enfants juifs de France morts en déportation, souvenons-nous aussi que des gens ordinaires, des Français comme vous et moi, « héros malgré eux » ainsi que l'on désigne ceux qui se retrouvent dans une situation qu’ils auraient préféré éviter mais qui, guidés par leur conscience n'ont pas pu agir autrement qu'avec courage et humanité. Ces gens comme les autres auront contribué à sauver 60 000 enfants juifs. On les appelle des "Justes".

C'est un fait. Et un fait que de nombreux Français d’aujourd’hui ignorent (non, tous les Français n’étaient pas des lâches ou des collabos ou, au contraire, de vaillants résistants). Beaucoup ont contribué, à leur niveau, à aider leurs semblables en prenant des risques dont ils n'avaient parfois pas même conscience.

Ce qui me semble essentiel dans cette démarche du souvenir -que l'on évoque la rafle du Vel d'Hiv, la collaboration ou la Résistance- c'est que les jeunes générations puissent avoir envie de s’identifier à ces anonymes qui ont fait le "bon choix" simplement parce qu’ils n’imaginaient pas pouvoir agir autrement.

A propos des horreurs de la seconde guerre, on parle souvent de la "banalité du mal", à juste titre, et Hannah Arendt nous a beaucoup éclairés sur le sujet. Mais il existe aussi une "banalité du bien", qui s'est aussi exprimée en cette époque troublée. Cette "banalité du Bien" est incarnée par de simples citoyens -exemplaires- alors qu'il était sûrement plus simple de détourner le regard. En cela, elle est, à l'image de ces Français courageux malgré eux, exemplaire et porteuse d’espoir.

"Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier", la devise figurant sur la médaille des Justes de l’Institut Yav Yashem ne doit jamais être oubliée.

Rappelons aussi le comportement exemplaire des habitants de Chambon-sur-Lignon de 1939 à 1944 : le pasteur André Trocmé et le co-pasteur Edouard Theis, suivis par les pasteurs des 12 autres paroisses de la région (Mazet Saint-Voy, Freycenet Saint-Jeures, Fay-sur-Lignon, Devesset, Tence, Saint-Agrève) ont appelé leurs fidèles à “obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes“ et ont ainsi réussi à sauver entre 3000 et 5000 Juifs. Le village a mérité son titre de "Justes" (c'est aussi le seul village à avoir reçu ce titre collectivement avec un village des Pays-Bas). Plus d'infos sur : http://www.ville-lechambonsurlignon.fr/montagneprotestante.htm


Illustration : Yad Vashem, mémorial israélien à Jérusalem, en mémoire des victimes juives de la Shoah perpétrée par les Nazis. « Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un mémorial (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés ».

Voir aussi :
- "
Nuit et brouillard", chanson de Jean Ferrat
- Le discours du 16 juillet 1995, prononcé par le président Jacques Chirac, et commémorant la Rafle du Vel' d'Hiv qui reconnait pour la première fois la responsabilité de l'Etat Français dans la déportation des Juifs

2 commentaires:

David Andriana a dit…

Bonjour, merci pour cet article et pour le lien vers l'émission (je viens ici depuis les commentaires chez Maître Eolas).

Véronique Anger-de Friberg a dit…

Merci à vous David...