Par Véronique Anger-de Friberg (Les Di@logues Stratégiques, janvier 2011)
Source : http://www.crea.polytechnique.fr/LeCREA/fiches/Galam.htm
Par Véronique Anger-de Friberg (Les Di@logues Stratégiques, janvier 2011)
« Au total le nombre des chercheurs confirmés ne dépasse pas 20% des signataires. Si la pétition développait une argumentation, seule compterait la force des arguments et la qualité des signataires importerait peu. Mais elle ne contient guère que des jugements et repose sur la crédibilité des juges. ». Je remercie Rémy Prud’homme, qui m’autorise à reproduire ses conclusions dans ces colonnes.
La première conclusion est que les chercheurs universitaires sont très minoritaires : 16%. Bien plus nombreux sont les chercheurs du CNRS (27%) et les chercheurs des grands organismes de recherche (40%) comme le CEA, l’IRD (anciennement l’ORSTOM), Meteo-France, ou l’IFREMER. Dans un groupe résiduel (16%), on trouve un fonctionnaire de la Commission européenne, un directeur d’association, des doctorants, quelques étudiants en post-doc, et des chercheurs sans statut bien défini (peut-être des chercheurs sur contrat).
Le dualisme Université - CNRS et grands organismes assimilés que l’on retrouve ici est une exception française. On connaît deux grands types d’organisation de la recherche : le modèle soviétique ou elle est confiée à des organismes politiquement contrôlés appelés académies, et le modèle américain où elle est le fait des professeurs d’université, comme en témoigne le fait qu’à peu près tous les prix Nobel scientifiques américains sont des professeurs. Le système français offre depuis la dernière guerre une juxtaposition de ces deux modèles, même si en pratique universités et CNRS coopèrent souvent. Depuis une vingtaine d’années, la politique affichée est de rapprocher la France du modèle américain, qui est le modèle dominant dans le monde, c’est-à-dire au profit des universités et au détriment des organismes de recherche. Claude Allègre, lorsqu’il était ministre, et Vincent Courtillot, lorsqu’il était directeur de l’enseignement supérieur, ont œuvré dans ce sens.
Ces observations éclairent peut-être la pétition, d’une double façon. Pour régler un différent scientifique des chercheurs du CNRS et de grands organismes publics - dont les patrons sont nommés en conseil des ministres – ont le réflexe d’en référer à leur ministre. Des universitaires indépendants, en France comme dans le reste du monde, trouvent cela moins convenable. D’autre part, il n’est pas interdit de penser que certains des signataires règlent ici un vieux contentieux, et en veulent autant à MM. Allègre et Courtillot pour leurs critiques de l’organisation de la recherche française que pour leurs critiques des thèses carbocentrées.
La deuxième conclusion de l’analyse des signataires est qu’on semble y trouver davantage de chercheurs juniors que seniors. Les chercheurs confirmés sont les professeurs titulaires des universités et les directeurs de recherche du CNRS. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de chercheurs brillants, féconds ou prometteurs parmi les maîtres de conférences des universités et les chargés de recherche du CNRS (les premiers grades de ces institutions). Mais ils n’ont pas, ou pas encore, fait leurs preuves. Parmi les signataires de notre échantillon, il y seulement 11% de professeurs et directeur de recherches du CNRS. Les 27% de signataires identifiés comme CNRS sont principalement des chargés ou des ingénieurs de recherches. Un certain nombre des chercheurs du CEA ou de l’IRD pétitionnaires ont un niveau et un statut de directeur de recherche, que la consultation d’internet ne fait pas apparaître. On peut tenir pour certain qu’aucun des 16% de divers, dont certains viennent tout juste de soutenir leur thèse, n’a ce statut. Au total le nombre des chercheurs confirmés ne dépasse pas 20% des signataires. Si la pétition développait une argumentation, seule compterait la force des arguments et la qualité des signataires importerait peu. Mais elle ne contient guère que des jugements et repose sur la crédibilité des juges.
Une troisième observation est que les signataires semblent davantage des institutions que des individus. Ce sont apparemment des laboratoires entiers du CNRS, du CEA ou de l’IRD qui ont pétitionné, du directeur à l’ingénieur de recherche. La tolérance à la contradiction semble faible chez les climatologues, à l’intérieur d’un laboratoire donné comme à l’égard des intrus. La contradiction est pourtant ce qui fait le sel de la recherche. ». Rémy Prud’homme, avril 2010
Professeur (émérite) des universités, Rémy Prud’homme a souvent enseigné au MIT comme professeur en visite. Plus d’infos. Les papiers récents de Rémy Prud’homme en ligne sur son site. Lire notamment son article « Climat : la « pétition des 600 » ruine la crédibilité du Giec » dans L’Expansion du 15 avril 2010.
A lire également : Variations sur le thème de l’écolomania.
Illustration extraite du livre « L'imposture climatique ou la fausse écologie » (Plon, février 2010) de Claude Allègre.
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Nota :
J’ai consacré deux articles à la pétition(1) des climatologues alarmistes et, pour conclure sur ce sujet, je me permets une dernière observation. Il est consternant -sur le plan de l’éthique dont se réclament les initiateurs de la pétition- de ne trouver précisé nulle part sur le texte définitif, qui a signé la version 1 (avec sa profession de foi sur le CO2 et les attaques virulentes contre Claude Allègre et Vincent Courtillot) et qui a signé la version 2. Version revue en catastrophe, et légèrement édulcorée. Sachant que la version
(1) « Climato-scepticisme : Galilée convoqué devant le Saint-office ? » et « 400 climatologues en colère : 2 versions pour une même pétition ! ».
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"Passeur de savoirs", Véronique Anger s’intéresse à la pensée complexe et transdisciplinaire, à la vie des idées en général et à la psychologie des foules en particulier. Son crédo :Les idées sont faites pour essaimer, résonner et faire... raisonner ! En 1994, après plusieurs années d’expérience dans les métiers de la communication, elle fonde C@rpe diem communication, société de conseil en communication spécialisée dans l’édition d’entreprise. En août 2000, parallèlement à ses activités de consultante, elle crée deux publications en ligne, Les Di@logues Stratégiques et Des idées et des Hommes (qui deviendra la maison d’édition éponyme qu’elle dirigera de 2006 à 2008). Dans Les Di@logues Stratégiques, Véronique Anger- donne la parole à des personnalités et des penseurs-phares issus d'horizons différents qui apportent un éclairage transdisciplinaire sur les nouveaux espaces de savoir et les grands enjeux qui fondent les politiques des sociétés de demain. Elle établira un parallèle entre le climatologiquement correct et l’émergence d’une nouvelle religion planétaire (l’écolomania) dès 2005 et consacrera une trentaine d’articles à ce sujet. Dans son essai, La dernière Croisade. Des Ecolos... aux Ecolomaniaques !(L’Arganier, 2009) elle analyse les mécanismes qui ont conduit de l'écologie à cette « éco-religion ». Quelques livres récents : Les Di@logues Stratégiques. Mieux comprendre la complexité et l’évolution du monde préfacé par le scientifique Joël de Rosnay (lire la préface - Des Idées et des Hommes, 2007), Scandales à l’Elysée. Des réseaux mafieux corses à l’international terrorisme, de l’affaire des plombiers aux otages du Liban (avec Robert Montoya, JM Laffont, 2004). A paraître : Billets d’humeur et petits dialogues entre amis..
La dernière Croisade. Des Ecolos... aux Ecolomaniaques ! est un livre contre le sectarisme et le terrorisme intellectuel en partie inspiré par cette réflexion encore utilisée de nos jours : « Il vaut mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ». Un adage d’une stupidité sans nom qui incarne cette mauvaise foi et cette radicalité revendiquées au nom de l’idéologie. Une petite phrase qui symbolise l’esprit étriqué et mesquin et donne une légitimité au sectarisme et à la haine de l’autre.
La France, notamment, s'enfonce dans le sectarisme et la haine de l'autre dans le débat politique et "climatique". Depuis que le monde -avec la chute du Mur- a perdu ses repères (comprendre : un ennemi bien identifié) en même temps que ses illusions, il a fallu trouver d'autres combats. Et si un combat en remplace un autre, quand les extrêmes s'affrontent, ce sont toujours les mêmes forces qui s'opposent en vérité, deux systèmes de pensée antagonistes : d'un côté l'anti-occidentalisme par des nantis au ventre plein, chantres de la décroissance économique et de l'anti-capitalisme prônant le fondamentalisme écologique et, de l'autre, la démocratie, la liberté, l'écologie responsable et l'humanisme.
Une bonne part des conflits entre individus vient du fait que certains tentent de s'approcher au plus près de la vérité quand d’autres refusent de voir bousculer leurs savoirs, leurs pouvoirs, leurs certitudes, leurs croyances ou leurs utopies. La fin ne justifie pas les moyens et employer le mensonge pour servir une cause, aussi juste soit-elle, est un jeu pervers qui peut conduire -si l’on n’y prend garde- de la démocratie au totalitarisme.
Je constate aussi chaque jour ou presque que l'être humain est, par nature, un être de mauvaise foi. Le rapport qu'il entretient avec la vérité guide ses décisions et ses actes dans tous les domaines (politique, personnel, professionnel, amoureux,...). Et quand la vérité le dérange ou bouscule ses certitudes, il s'enfonce dans le déni ou invente une vérité correspondant mieux à ses croyances, à ses utopies ou à l'opinion qu'il a de lui-même. Je suppose que je n'échappe pas à la règle, nous sommes tous plus ou moins atteints : tout dépend de nos rêves et de nos ambitions... et donc de notre perception de la réalité !
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Autant de thèmes abordés sous la plume impertinente de Véronique Anger. Ces billets, au ton souvent léger, parfois féroce, sont prétextes à pousser le lecteur à s’interroger sur la société dans laquelle il vit et à se poser des questions sur ceux qui monopolisent la parole et, plus largement, une certaine élite intellectuelle et politique, les «people», les médias et les puissants de ce monde…
Au fil des pages, l’auteur fait sienne cette déclaration de l’éditeur américain André Schiffrin, grand défenseur de l’édition indépendante: «Notre rôle est d’être contre-cyclique. C’est précisément quand tout le monde est d’accord qu’il faut commencer à se poser des questions.». Elle ne manque pas de rappeler la fonction essentielle du débat de société: faire avancer les idées et, plus que tout, lutter contre la paresse de l'esprit et les idées reçues.
… et, à tout moment, les funambules que nous sommes peuvent basculer, en permanence au bord du chaos ou de l'accomplissement. C’est ce que j’appelle la fébrilité féconde, cet « élan vital », au sens de Bergson, dont certains ne peuvent se passer pour se sentir en vie. Une fébrilité qui oblige à se concentrer et à se dépasser pour garder le cap ou lutter contre les éléments. La contrepartie à cette apparente liberté est un besoin quasi maladif de garder le contrôle sur sa vie, de trouver le bon équilibre pour conserver sa sérénité et se sentir libre. Un équilibre indispensable pour avancer et se régénérer, se réinventer, constamment. A force d’évoluer au bord du chaos, le funambule qui se nourrit de cette « fébrilité féconde » qui, croit-il, rend la vie plus intense tout en faisant de lui un être plus libre et plus fort peut aussi faire un pas de côté et perdre pied. Mais l’intensité ne doit pas s’opposer à la paix avec autrui ni avec soi-même, mais se vivre dans la sérénité.