Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles

samedi 17 mars 2012

BLOG INACTIF. ACCES AUX ARCHIVES UNIQUEMENT


Ce blog consacré à la controverse climatique centralise tous mes articles rédigés sur le sujet entre 2006 et 2011. Il n'accueillera plus de nouvelles discussions, ni vos commentaires, sur cette thématique.


Ce débat, à la fois de société et scientifique, a cessé d'occuper les politiques et la sphère médiatique. Il se poursuit néanmoins au sein de la communauté scientifique. Après plus de six ans d'observation, de décryptage et de commentaires, j'ai choisi de prendre mes distances avec la polémique "climato-alarmistes versus climato-sceptiques".


Je crois avoir posé, dans mon essai "La dernière Croisade", quelques questions essentielles pour appréhender les origines et les enjeux d'une polémique, aussi violente que mondiale. Une polémique qui aura engendré bien des haines en mettant le feu aux esprits les plus paisibles.


A l'avenir, j'espère que nos médias feront preuve de davantage de discernement, et que nos politiques ne se laisseront plus "emballer" par des idéologues qui ont tenté d'utiliser la science pour imposer un nouveau dogme. Au mépris de la démocratie, et au nom du principe de précaution, certains n'ont pas hésité à réclamer des mesures extrêmes contre quiconque a pu légitimement exprimer ses doutes ou réclamer des preuves scientifiques incontestables.


Je me permets de vous quitter sur cette phrase de Laurens Van der Post, tout en laissant nos chers scientifiques poursuivre leurs recherches : « Les humains ne sont peut-être jamais plus effrayants que lorsqu’ils sont convaincus par-delà le moindre doute qu’ils ont raison. » (in The lost world of the Kalahari. The Hogarth Press, 1958). Souhaitons-leur de trouver, ensemble, le chemin de la vérité.


lundi 7 février 2011

SERGE GALAM : « LA PEUR EST LE PLUS MAUVAIS MOTEUR D’ENSEIGNEMENT QUI SOIT ! ».

Par Véronique Anger-de Friberg (Les Di@logues Stratégiques, janvier 2011)


Serge Galam*, directeur de recherche au CNRS, est physicien, théoricien du désordre et inventeur de la sociophysique. Il travaille sur la propagation démocratique d’opinions minoritaires, le phénomène des rumeurs, les effets du mensonge et de l’opposition systématique dans la formation de l’opinion publique, le soutien passif au terrorisme, les dictatures démocratiques, la formation des coalitions et la nature millénariste du réchauffement climatique.

Véronique Anger : Vous êtes l’inventeur de la sociophysique, en langage simple, de quoi s’agit-il exactement ?

Serge Galam :La sociophysique repose sur ce postulat provocateur : dans certaines conditions, les humains se comportent comme des atomes sans qu’ils soient pour autant réductibles à des atomes. Il n’est pas question ici de déterminisme, d’ordre parfait, de systèmes purs et homogènes, mais bien d’aléatoire, de probabilités, de chaos, de désordre[1], de défauts, d’impuretés, d’hétérogénéités,… en d’autres termes, tout ce que l’on voit dans nos sociétés actuelles. La sociophysique a étendu aux domaines social et politique le concept d’universalité des comportements collectifs dans la matière. Elle y utilise ainsi, en les adaptant, les techniques et les concepts issus de la physique statistique. Elle permet, par exemple, d’identifier certains aspects surprenants des dynamiques d’opinion dans la formation des peurs collectives.

VA : La sociophysique est-elle fiable, et dans quelle situation concrète l’avez-vous « testée » ?

SG : J’ai prédit un certain nombre d’événements politiques comme la victoire du « Non » au référendum sur la constitution européenne (cf. « Quelques prédictions » en fin d’article). La sociophysique aspire à construire des modèles ouvertement simplifiés de la réalité afin d’en faire émerger des mécaniques paradoxales ainsi que des dynamiques contre-intuitives qui, masquées par la multitude de mécanismes complexes et contradictoires à l’œuvre dans la réalité sociale, ne sont pas directement perceptibles ou intelligibles. J’entends par là : tout ce qui résulte de comportements ou d’organisations faisant intervenir des interactions entre individus en groupe, cela dans un contexte politique, social, financier,… Bien que ces modèles produisent des nombres, il ne faut pas prendre leurs conclusions au pied « du nombre », si j’ose dire, mais de façon qualitative avec la mise en lumière de tendances.
Il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit que de modèles, et ne pas verser dans ce que j’appellerai le « péché climatologue » qui consiste, pour un chercheur ou une communauté de chercheurs à prendre « ses modèles » pour la réalité… Cette discipline en est à ses balbutiements. Elle ne prétend pas se substituer aux sciences politiques, à la sociologie ou à la psychosociologie ; elle se situe en complément « franc tireur ». Cependant, une telle démarche pose et soulève de nombreuses questions éthiques et morales, qu’il faut aborder sans faux-semblants. Ce sera un grand chantier épistémologique et philosophique.

VA : Vos travaux sont-ils reconnus par la communauté scientifique aujourd’hui ?

SG : J’ai publié les premiers résultats de mes travaux dans ce domaine dans des revues de sciences sociales internationales à la fin des années 1970, grande époque de la physique de la matière condensée avec ce que l’on appelle les phénomènes critiques et les transitions de phase. Mes confrères considéraient alors les sciences « molles » (par opposition aux sciences « dures », telles que la physique) indignes de leur intérêt. Etudier la société, donc un domaine de la sociologie, revenait à retirer à la physique ses lettres de noblesse…
Tout en poursuivant une carrière de physicien classique, je me suis battu pour faire reconnaître et développer cette discipline en tant que telle et ce ne fut pas une sinécure[2] ! Idée inconcevable il y a seulement dix ans, la sociophysique est devenue aujourd’hui une discipline reconnue par la communauté institutionnelle des physiciens au niveau national et international. C’est aussi mon domaine de recherches à temps plein au CNRS (à l’École Polytechnique).

VA : Dans votre livre, Les scientifiques ont perdu le nord (Plon), vous traitez longuement de l’alarmisme climatique. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à ce débat ?

SG : Le battage médiatique impressionnant, qui a suivi la publication du rapport du GIEC à l’UNESCO à Paris en 2007, a attiré mon attention sur le débat à propos du réchauffement climatique. J’ai commencé par une analyse épistémologique de la climatologie, sur ce qu’est une science, un modèle, une preuve scientifique, une simulation sur ordinateur, une hypothèse, une prédiction. J’ai alors réaffirmé que la science n’est pas démocratique, qu’elle ne se décrète pas et qu’elle ne se décide pas non plus ; ni par consensus, ni à la majorité. Les chercheurs partagent des croyances qui, si elles sont nécessaires à l’orientation de leurs recherches, ne doivent en aucun cas -il faut raison garder- être confondues avec l’établissement de la preuve scientifique de leurs convictions[3]. Contrairement aux évidences, la climatologie n’est pas (encore) une science « dure » capable de prédictions fiables bien qu’elle utilise des techniques scientifiques. Ses échelles de temps caractéristiques étant au minimum d’une cinquantaine d’années, il lui faudra plusieurs siècles pour faire ses preuves.
En parallèle, j’ai également réfléchi aux notions anthropologiques de sacrifice, de culpabilité, de rédemption, et aux failles du système « sauver la planète », ainsi qu’à l’automanipulation qui en découle naturellement et spontanément. Mes modèles de dynamique d’opinion permettent d’expliquer pourquoi et comment le débat sur le réchauffement a abouti, jusqu’il y a un an, à une identification aux thèses alarmistes de la majorité du public, des scientifiques, et des politiques alors que les faits avérés sont insuffisants pour un diagnostic définitif. J’explique dans un article récent, « Public debates driven by incomplete scientific data : The cases of evolution theory, global warming and H1N1 pandemic influenza »[4], comment une minorité extrêmement faible, mais convaincue d’une réalité qu’elle défend comme « la » vérité (même si elle est fausse), face à une majorité d’individus qui n’y croit pas au départ, mais ne se bat pas pour défendre une autre « vérité », finit petit à petit par faire accepter « sa » vérité auprès de presque tous comme « la » vérité. Ce renversement massif d’opinions étant intervenu simplement par le biais d’un débat ouvert et démocratique fondé sur la raison, ce qui est d’autant plus absurde et déroutant du point de vue de la rationalité classique.
La conclusion de mon article est particulièrement dérangeante : lors d’un débat public sur des questions liées à la science, mais avec seulement des résultats partiels non conclusifs d’un point de vue global, la personne qui défend une position honnête s’en tenant donc strictement aux faits établis (en d’autres termes, celle qui ne remplace pas les incertitudes par des certitudes) est certaine de perdre le débat public face à la toute petite minorité d’individus prétendant être certaine d’avoir « la » solution[5].

VA : Si l’on suit ce raisonnement, il faudrait donc mentir pour se donner toutes les chances de gagner ?

SG : Ce qui est paradoxal, et effrayant, c’est qu’il est impossible d’empêcher la propagation du mensonge autrement qu’en mentant soi-même… Ainsi, si le fondement de la lutte contre cette dynamique du mensonge est d’exiger de ne parler que de « certitudes » lorsqu’une théorie n’est pas scientifiquement prouvée et si, dans le même temps, il est impossible d’apporter la preuve inverse pour s’opposer à une « certitude » non prouvée, on est certain de perdre un débat public, démocratique, honnête. La seule façon de le gagner serait d’user des mêmes armes, donc du mensonge, alors que c’est justement cette malhonnêteté-là qui est refusée et condamnée.
Je précise qu’il ne faut pas prendre le terme de « malhonnêteté » au sens littéral, car la majorité des personnes qui défendent une certitude confondent souvent croyance et vérité scientifique et sont de bonne foi. Leur croyance personnelle les pousse à négliger le fait que les données disponibles pour trancher le débat sont incomplètes. Ainsi, dans le débat sur le réchauffement climatique, les 90% de certitude du GIEC ne relèvent pas de la preuve scientifique, mais de l’intime conviction et de l’intuition de ses membres ayant participé au vote de confiance sur cette question. Cela n’a rien à voir avec une statistique de prédiction fondée sur l’observation répétée de confrontations avec la réalité qui, elle, permettrait de construire un degré de certitude solide, comme c’est le cas en météorologie. Ce fameux « consensus » équivaut à 0% de preuve scientifique. Il est clair que si cette preuve existait, la question serait réglée depuis longtemps.

VA : Voulez-vous dire que tout le monde peut se tromper en même temps, si je puis dire ?

SG : Oui, 100% des gens peuvent se tromper, et la sociophysique peut illustrer dans un cadre cohérent ce phénomène contraire à la rationalité classique. L’Homme est coupable de pollution, de gaspillage, d’inégalités sociales, de destructions et j’en passe. Est-il, pour autant, coupable de tous les maux ? Ce n’est pas parce que tous les indices lui sont défavorables aujourd’hui, qu’il est responsable du réchauffement climatique, phénomène qui nous inquiète tant depuis une décennie.
La climatologie est un système d’une grande complexité que les scientifiques sont loin de comprendre et de maîtriser aux plans théorique et expérimental. L’idée qu’un seul facteur (le CO2 par exemple) puisse provoquer un réchauffement ou un refroidissement global est simpliste et totalement aberrante. Seulement voilà, une opinion publique doit pour exister être simpliste, c’est pourquoi il faut aussi remettre en cause son rôle dans les prises de décisions à propos de questions scientifiques liées à des données incomplètes.
De plus, il n’appartient pas aux scientifiques de prendre les décisions, fussent-ils de gentils citoyens responsables… Il relève de la responsabilité des politiques de prendre des décisions, de les assumer, et d’en rendre éventuellement compte, malgré les incertitudes et les risques de commettre des erreurs.

VA : Dans le débat sur le climat, la charge de la preuve est inversée dites-vous… Qu’entendez-vous par là ?

SG : Il est plutôt surprenant que celui qui affirme détenir « la » vérité voit ses paroles prises pour argent comptant quand celui qui réclame une preuve de cette affirmation non démontrée scientifiquement doit, pour être écouté, apporter la preuve que la vérité défendue sans preuve est fausse. Les techniques, la méthodologie, toute notre approche expérimentale et nos constructions théoriques ont été inventées pour prouver l’existence de ce qui existe. En revanche, il est impossible de prouver l’inexistence de ce qui n’existe pas… La preuve ne peut porter que sur quelque chose d’existant.
Dans le débat sur le climat, j’insiste sur le fait que je parle bien d’absence de preuve, et non de doute, à propos de la responsabilité humaine en matière de réchauffement. De même, à propos de la question de savoir si nous sommes dans une phase longue de réchauffement ou de refroidissement. Le doute implique une croyance. Or en termes scientifiques soit j’ai la preuve, soit je ne l’ai pas. Il n’y a pas de place pour la subjectivité dans la validité d’un résultat scientifique. Il est urgent de savoir dire : « scientifiquement, on ne sait pas ». Aujourd’hui je ne dis pas que je doute de la responsabilité humaine, je dis qu’il n’y a pas de preuve de cette responsabilité. C’est un fait, pas une opinion.

VA : Certains « sceptiques » voient un effet bénéfique à l’alarmisme climatique : à force d’effrayer les foules, les climato-alarmistes auraient réussi à faire prendre conscience aux citoyens de l’importance de l’écologie. Serait-ce finalement un mal pour un bien ?

SG : Je ne suis pas convaincu de l’affirmation qui voudrait rendre responsable l’alarmisme climatique de la prise de conscience écologique des citoyens dans leur vie quotidienne. Je dirais que c’est le contraire : c’est parce qu’ils ont pris conscience du rapport à leur environnement et de leurs abus, que les individus sont devenus plus perméables à l’idéologie alarmiste. Je pense qu’il a pris sur ce terreau fertile, mais je doute que l’alarmisme ait provoqué la prise de conscience écologique.
Même en imaginant que l’alarmisme climatique ait permis de sensibiliser les foules, je maintiens que les méthodes employées sont inacceptables. L’humanité progressera dans une gestion raisonnée de son environnement et de son quotidien par la rationalité, la connaissance et la compréhension ; certainement pas par la peur, et surtout pas pour sauver une entité « supérieure »…

VA : Craignez-vous un risque de dérive totalitaire ?

SG : Au plus fort du débat sur le réchauffement climatique, on a pu observer des signes avant-coureurs d’un « réchauffement » social qui aurait pu évoluer vers une dérive totalitaire, un « totalitarisme climatique » imposé par une minorité en mal d’expiation sacrificielle. La crise financière combinée aux hivers froids nous en a sans doute sauvés. Quand les citoyens acceptent d’agir parce qu’ils ont peur et qu’on leur a désigné « le » coupable, ils sont prêts à commettre les pires actes au nom du « bien ». L’Histoire de l’humanité a maintes fois démontré que le mensonge et la manipulation -même pour servir une cause juste- n’ont pas de conséquences positives à long ni même à moyen termes. La peur est le plus mauvais moteur d’enseignement de comportement qui soit. Et elle s’avère d’autant plus destructrice qu’elle devient collective.

* Serge Galam est membre du CREA (Centre de Recherche en Épistémologie Appliquée) de l’École Polytechnique. Il a publié plus d’une centaine d’articles scientifiques originaux dans les meilleures revues internationales avec comité de lecture. Vulgarisateur scientifique, il a donné plus de 200 conférences et séminaires dans le monde entier et a signé de nombreux articles grand public sur ses recherches dans de grands journaux (Le Monde, Libération, Pour la Science, La Recherche, Science & Vie,…) et est l’auteur du livre Les scientifiques ont perdu le Nord. Réflexions sur le réchauffement climatique (Plon, 2008). Ses travaux actuels portent sur le pouvoir de conviction des minorités, le phénomène des rumeurs, la dynamique de formation d’opinion, la formation de coalitions ainsi que sur l’effet des supporters passifs dans l’action terroriste.
___________________
[1] Serge Galam précise (et on ne le sait pas assez) que la physique du désordre a produit des découvertes considérables et extrêmement puissantes depuis une cinquantaine d’années.
[2] « Sociophysics : a personal testimony ». Physica A336 (2004) 49-55.
[3] « Climat : culpabilité et tentation sacrificielle ». Revue 2050, 5 (2007) 83-90.
[4] « Public debates driven by incomplete scientific data : The cases of evolution theory, global warming and H1N1 pandemic influenza ». Physica A 389 (2010) 3619-3631.
[5] « Quand la science hésite, la communication décide ». Constructif (Novembre 2010) 37-39.

Quelques prédictions :

- Victoire du Non au référendum sur la constitution européenne : Serge Galam a pu faire la première prédiction vérifiée d’un événement hautement improbable à partir de ses modèles de dynamique d’opinion : la prédiction de la victoire du « Non » au référendum sur la constitution européenne plusieurs mois avant le vote. Il avait mis en garde dès 2002 sur les risques de l’utilisation du référendum pour la construction européenne même si les sondages lui étaient toujours très favorables.
- Scénario Le Pen au second tour des présidentielles : À partir de ses modèles de votes en 1997, Serge Galam a également prévu comment le Front national pourrait arriver par surprise démocratiquement au pouvoir. Ce type de scénario s'est produit en partie avec un second tour Jacques Chirac/Jean-Marie Le Pen à l’élection présidentielle de 2000.
- Votes à 50/50 : Dès 2004, Serge Galam a prévu que les élections à 50/50 se produiraient fréquemment dans les démocraties occidentales. Elles se sont répétées entre autres, en 2005 en Allemagne, en 2006 en Italie et en 2006 au Mexique et en Tchéquie.
Toutes ces « prédictions » ne prouvent pas que la sociophysique est une science exacte, mais valident le bien-fondé de son approche et justifient la continuation et l’intensification des recherches dans ce domaine très prometteur.
Source : http://www.crea.polytechnique.fr/LeCREA/fiches/Galam.htm

Pour aller plus loin :

- « Mais où est donc passé le réchauffement ? ». Constructif, juillet 2009.

samedi 20 mars 2010

UNDER TROLLS : CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCEE*


L’absence de contrôle social, la garantie de l’anonymat et d’une totale impunité libèrent la véritable nature de certains contributeurs. Trop d’entre eux, provocateurs, extrémistes, under trolls, confondent liberté d’expression et liberté de menacer, de diffamer ou d’insulter… au nom de la démocratie.


Pourquoi cacher son identité sous un pseudo ? Je ne parle pas de ces blogueurs qui publient sur la blogosphère et affichent leur véritable photo et un bref CV. Pour ceux-là, le pseudo est un nom de scène en quelque sorte : tout est vrai sauf leur nom. Je parle du pseudo auquel n’est associée aucune information pertinente qui permettrait d’identifier qui se cache derrière cet utilisateur. Chez certains d’entre eux, le pseudo signifie : « Je vous insulte en toute impunité, je décrète, je critique, bref je vous crache à la figure d’autant plus volontiers que je n’ai pas à assumer mes opinions au grand jour. Personne ne connaîtra mon vrai visage, alors pourquoi me priver ? ». Il est clair que l’absence de contrôle social, la garantie de l’anonymat et d’une totale impunité libèrent la véritable nature de certains contributeurs. Trop d’entre eux, provocateurs, extrémistes, under trolls, confondent liberté d’expression et liberté de menacer, de diffamer ou d’insulter… au nom de la démocratie.


Ainsi, les « trolls(1) » ou « under trolls » (j’en ai recensé 18 sur AgoraVox et 23 sur Le Post dont certains possèdent une adresse IP commune…) commencent à saturer sérieusement la plupart des sites, blogs ou journaux. La nature ayant horreur du vide ils se sont organisés au fil des années et ont développé une grande capacité de nuisance en occupant l’espace laissé libre par des rédacteurs et des lecteurs qui préfèrent renoncer à contribuer tant ils sont exaspérés par le niveau zéro du débat. En effet, les esprits haineux ont fait fuir les lecteurs modérés qui auraient aimé donner leur avis, mais préféreront se taire compte tenu de la débauche de violence dont ils seront l’objet à peine leur post en ligne (en règle générale, environ 98% des lecteurs ne s’expriment pas). De plus en plus de rédacteurs renoncent aussi à publier leurs articles quand les commentaires qu’ils suscitent se transforment systématiquement en tentatives d’intimidation pour les faire taire.


Pour avoir choisi de modérer les fils de discussion que je lance quotidiennement sur mon Mur Facebook, je peux témoigner qu’il est possible d’élever le débat et d’échanger dans un climat de relative courtoisie. Je gère près de 5000 « amis ». Une centaine de contributeurs participent régulièrement à des discussions souvent animées sur des sujets de société parfois sensibles. J’ai affiché sur mon Profil une Netiquette très simple (échanges virils mais corrects : pas d’attaques personnelles, insultes proscrites, argumentation fondée sur des sources fiables, discours cohérent) à laquelle je ne souffre aucune dérogation. En cas de non respect de cette charte de bonne conduite, j’invite l’auteur du post à prendre connaissance des règles en vigueur sur mon Mur. Après 18 mois de pratique, je peux certifier que j’interviens de moins en moins souvent pour rappeler à l’ordre. Mes « amis » eux-mêmes régulent les fils de discussion et rappellent ma Netiquette au besoin (du chaos naît l’ordre…). Ils ont compris qu’il était beaucoup plus payant de respecter les autres contributeurs car ils savent que, sur mon Mur, ils ne se feront pas agresser. Ils savent aussi qu’ils doivent fourbir leurs armes car les échanges, pour courtois qu’ils sont, n’en sont pas moins sans concession.


Dans un marché de plus en plus concurrentiel, il est certain que ceux qui sauront modérer leur espace (privé ou public) avec le plus d’efficacité sont ceux qui seront les gagnants de demain. Plus la modération sera de qualité, plus les articles et les débats seront de bon niveau. Alors, ne laissez pas -ne laissons pas- envahir nos lieux d’expression préférés par des under trolls qu’il serait pourtant facile d’éradiquer.

Ces temps-ci, les éditeurs de sites (Le Post a convié rédacteurs et posteurs à une réflexion) et de journaux (AgoraVox, auquel je collabore depuis sa création, permet désormais aux rédacteurs de "replier" les posts) commencent enfin à réfléchir à la manière d’améliorer leur système de modération. Alors qu’ils hésitaient -au nom de l’internet libertaire et du droit à la parole- à modérer les contributions, certains inivitent désormais rédacteurs, lecteurs et posteurs à un débat sur cette question. Ce qui ne fait aucun doute désormais, c’est que les jours des under trolls sont comptés…


*Celle des under trolls bien sûr...

(1) "Un troll est une action de nature à créer une polémique en provoquant les participants d’un espace de discussion (de type forum, newsgroup ou wiki) sur un réseau informatique, notamment Internet et Usenet. Le mot désigne également un utilisateur qui a recours à ce type d’action. Par métonymie, on parle de troll pour un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques ou est excessivement provocateur, sans chercher à être constructif, ou auquel on ne veut pas répondre et que l’on tente de discréditer en le nommant ainsi. Le mot « troll » peut également faire référence à un débat conflictuel dans sa globalité. Dans la majorité des cas, l’évaluation repose sur l’aspect récurrent ou caricatural de l’argumentation, les participants peuvent alors tout aussi bien être qualifiés de « trolls » que de « trolleurs ».". Source, Wikipédia.


Articles liés :

- EN CHAQUE BLOGUEUR SOMMEILLE UN SCHIZOPHRENE…
- LA FIN DU REVE DE L’INTERNET LIBERTAIRE ?
- LE REGNE DES CORBEAUX

jeudi 7 janvier 2010

LE REGNE DES CORBEAUX ?

Lorsque le ton devient haineux sur les blogs, les commentaires ressemblent de plus en plus à ces lettres anonymes envoyées au notable du village par un vilain "corbeau". Et oui, on l’a presque oublié, mais dans la vie réelle, quelqu’un qui ne signe pas ou se cache derrière un faux nom pour dénoncer ou insulter quelqu’un d’autre s’appelle un "corbeau"...

Dans le virtuel, nous acceptons de manière étonnante de vivre sous le règne des "corbeaux"... En effet, quiconque le souhaite peut recourir à ces fameux pseudos parfaitement autorisés dans le virtuel (alors que le même acte serait totalement prohibé dans le réel) pour dénoncer son patron, son garagiste, ses ex fiancés, son toubib, ses voisins ou dieu sait qui encore... Dans la vie réelle, utiliser un faux nom pour dénoncer ou agresser un individu reste associé à "corbeau", "délateur", "un ami qui vous veut du bien"... bref, une lâcheté. Et bien, la même loi ne s’applique pas dans le virtuel. On peut écrire n’importe quelle méchanceté ou stupidité, diffamer en cachant sa véritable identité sous un pseudonyme sans crainte d’être traité de corbeau par le reste de la communauté.

Pourquoi donc cacher son identité sous un pseudo ? L’excuse la plus répandue, notamment chez ceux qui jettent le plus de fiel, consiste à prétendre que leur employeur risque de les virer s’ils s’expriment à visage découvert. Sans blague ? J’ignorais que nous vivions dans une dictature... Si cet argument peut éventuellement convenir pour les "hauts fonctionnaires", je doute que ce soit une catégorie sur-représentée sur les blogs où pourtant les pseudos abondent. Dans les sites de discussion, on peut se permettre de dire tout et n’importe quoi sans risque, sans responsabilité aucune... et il faut vraiment mettre le paquet pour se faire censurer !

Pour certains utilisateurs de pseudo, il s’agit d’une arme qui signifie : « Je vous insulte en toute impunité, je décrète, je critique, bref je vous crache à la figure d’autant plus volontiers que je n’ai pas à assumer mes opinions au grand jour. Personne ne connaîtra mon vrai visage, alors pourquoi me priver ? » Et les plus jeunes qui arrivent sur le Net (et oui, c’est ainsi, je suis soucieuse des valeurs que nous transmettons aux jeunes générations...) ne connaissent pour la plupart que cette manière d’exprimer leurs opinions, ou de commenter celle de quelqu’un d’autre ; en particulier si ce quelqu’un d’autre est en total désaccord.

Une solution courageuse : rester caché derrière son masque… jouer au corbeau... un sport national -international en fait- qui devrait nous inciter à nous poser des questions et attirer le regard des spécialistes sur un phénomène interprété inversement selon qu’on évolue dans le réel ou le virtuel. Il semble d'ailleurs étonnant qu’aucun sociologue ou anthropologue ne se soit encore penché sérieusement (du moins à ma connaissance) sur ce phénomène.

Pour ma part, j'admets la critique assumée, dithyrambique ou assassine, à partir du moment où elle est signée sous la véritable identité de son auteur. En revanche, pseudos fantaisistes ou anonymes, peuvent aller se rhabiller ; je ne lis ni ne réponds aux auteurs qui se cachent. Je ne fraie ni avec les lâches, ni avec les corbeaux. On ne joue pas dans la même cour... A
utant qu'ils le sachent !

_______________________

Publié initialement sur mon site Les Di@logues Stratégiques en mars 2008 : http://www.lesdialoguesstrategiques.com/index.php?option=com_content&task=view&id=112&Itemid=117

_______________________

Variation sur le même thème, "En chaque blogueur sommeille un schizophrène…" (9/01/2009) : http://www.lesdialoguesstrategiques.com/index.php?option=com_content&task=view&id=167&Itemid=171
ou sur AgoraVox : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/en-chaque-blogueur-sommeille-un-49793