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samedi 20 mars 2010

UNDER TROLLS : CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCEE*


L’absence de contrôle social, la garantie de l’anonymat et d’une totale impunité libèrent la véritable nature de certains contributeurs. Trop d’entre eux, provocateurs, extrémistes, under trolls, confondent liberté d’expression et liberté de menacer, de diffamer ou d’insulter… au nom de la démocratie.


Pourquoi cacher son identité sous un pseudo ? Je ne parle pas de ces blogueurs qui publient sur la blogosphère et affichent leur véritable photo et un bref CV. Pour ceux-là, le pseudo est un nom de scène en quelque sorte : tout est vrai sauf leur nom. Je parle du pseudo auquel n’est associée aucune information pertinente qui permettrait d’identifier qui se cache derrière cet utilisateur. Chez certains d’entre eux, le pseudo signifie : « Je vous insulte en toute impunité, je décrète, je critique, bref je vous crache à la figure d’autant plus volontiers que je n’ai pas à assumer mes opinions au grand jour. Personne ne connaîtra mon vrai visage, alors pourquoi me priver ? ». Il est clair que l’absence de contrôle social, la garantie de l’anonymat et d’une totale impunité libèrent la véritable nature de certains contributeurs. Trop d’entre eux, provocateurs, extrémistes, under trolls, confondent liberté d’expression et liberté de menacer, de diffamer ou d’insulter… au nom de la démocratie.


Ainsi, les « trolls(1) » ou « under trolls » (j’en ai recensé 18 sur AgoraVox et 23 sur Le Post dont certains possèdent une adresse IP commune…) commencent à saturer sérieusement la plupart des sites, blogs ou journaux. La nature ayant horreur du vide ils se sont organisés au fil des années et ont développé une grande capacité de nuisance en occupant l’espace laissé libre par des rédacteurs et des lecteurs qui préfèrent renoncer à contribuer tant ils sont exaspérés par le niveau zéro du débat. En effet, les esprits haineux ont fait fuir les lecteurs modérés qui auraient aimé donner leur avis, mais préféreront se taire compte tenu de la débauche de violence dont ils seront l’objet à peine leur post en ligne (en règle générale, environ 98% des lecteurs ne s’expriment pas). De plus en plus de rédacteurs renoncent aussi à publier leurs articles quand les commentaires qu’ils suscitent se transforment systématiquement en tentatives d’intimidation pour les faire taire.


Pour avoir choisi de modérer les fils de discussion que je lance quotidiennement sur mon Mur Facebook, je peux témoigner qu’il est possible d’élever le débat et d’échanger dans un climat de relative courtoisie. Je gère près de 5000 « amis ». Une centaine de contributeurs participent régulièrement à des discussions souvent animées sur des sujets de société parfois sensibles. J’ai affiché sur mon Profil une Netiquette très simple (échanges virils mais corrects : pas d’attaques personnelles, insultes proscrites, argumentation fondée sur des sources fiables, discours cohérent) à laquelle je ne souffre aucune dérogation. En cas de non respect de cette charte de bonne conduite, j’invite l’auteur du post à prendre connaissance des règles en vigueur sur mon Mur. Après 18 mois de pratique, je peux certifier que j’interviens de moins en moins souvent pour rappeler à l’ordre. Mes « amis » eux-mêmes régulent les fils de discussion et rappellent ma Netiquette au besoin (du chaos naît l’ordre…). Ils ont compris qu’il était beaucoup plus payant de respecter les autres contributeurs car ils savent que, sur mon Mur, ils ne se feront pas agresser. Ils savent aussi qu’ils doivent fourbir leurs armes car les échanges, pour courtois qu’ils sont, n’en sont pas moins sans concession.


Dans un marché de plus en plus concurrentiel, il est certain que ceux qui sauront modérer leur espace (privé ou public) avec le plus d’efficacité sont ceux qui seront les gagnants de demain. Plus la modération sera de qualité, plus les articles et les débats seront de bon niveau. Alors, ne laissez pas -ne laissons pas- envahir nos lieux d’expression préférés par des under trolls qu’il serait pourtant facile d’éradiquer.

Ces temps-ci, les éditeurs de sites (Le Post a convié rédacteurs et posteurs à une réflexion) et de journaux (AgoraVox, auquel je collabore depuis sa création, permet désormais aux rédacteurs de "replier" les posts) commencent enfin à réfléchir à la manière d’améliorer leur système de modération. Alors qu’ils hésitaient -au nom de l’internet libertaire et du droit à la parole- à modérer les contributions, certains inivitent désormais rédacteurs, lecteurs et posteurs à un débat sur cette question. Ce qui ne fait aucun doute désormais, c’est que les jours des under trolls sont comptés…


*Celle des under trolls bien sûr...

(1) "Un troll est une action de nature à créer une polémique en provoquant les participants d’un espace de discussion (de type forum, newsgroup ou wiki) sur un réseau informatique, notamment Internet et Usenet. Le mot désigne également un utilisateur qui a recours à ce type d’action. Par métonymie, on parle de troll pour un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques ou est excessivement provocateur, sans chercher à être constructif, ou auquel on ne veut pas répondre et que l’on tente de discréditer en le nommant ainsi. Le mot « troll » peut également faire référence à un débat conflictuel dans sa globalité. Dans la majorité des cas, l’évaluation repose sur l’aspect récurrent ou caricatural de l’argumentation, les participants peuvent alors tout aussi bien être qualifiés de « trolls » que de « trolleurs ».". Source, Wikipédia.


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jeudi 7 janvier 2010

LE REGNE DES CORBEAUX ?

Lorsque le ton devient haineux sur les blogs, les commentaires ressemblent de plus en plus à ces lettres anonymes envoyées au notable du village par un vilain "corbeau". Et oui, on l’a presque oublié, mais dans la vie réelle, quelqu’un qui ne signe pas ou se cache derrière un faux nom pour dénoncer ou insulter quelqu’un d’autre s’appelle un "corbeau"...

Dans le virtuel, nous acceptons de manière étonnante de vivre sous le règne des "corbeaux"... En effet, quiconque le souhaite peut recourir à ces fameux pseudos parfaitement autorisés dans le virtuel (alors que le même acte serait totalement prohibé dans le réel) pour dénoncer son patron, son garagiste, ses ex fiancés, son toubib, ses voisins ou dieu sait qui encore... Dans la vie réelle, utiliser un faux nom pour dénoncer ou agresser un individu reste associé à "corbeau", "délateur", "un ami qui vous veut du bien"... bref, une lâcheté. Et bien, la même loi ne s’applique pas dans le virtuel. On peut écrire n’importe quelle méchanceté ou stupidité, diffamer en cachant sa véritable identité sous un pseudonyme sans crainte d’être traité de corbeau par le reste de la communauté.

Pourquoi donc cacher son identité sous un pseudo ? L’excuse la plus répandue, notamment chez ceux qui jettent le plus de fiel, consiste à prétendre que leur employeur risque de les virer s’ils s’expriment à visage découvert. Sans blague ? J’ignorais que nous vivions dans une dictature... Si cet argument peut éventuellement convenir pour les "hauts fonctionnaires", je doute que ce soit une catégorie sur-représentée sur les blogs où pourtant les pseudos abondent. Dans les sites de discussion, on peut se permettre de dire tout et n’importe quoi sans risque, sans responsabilité aucune... et il faut vraiment mettre le paquet pour se faire censurer !

Pour certains utilisateurs de pseudo, il s’agit d’une arme qui signifie : « Je vous insulte en toute impunité, je décrète, je critique, bref je vous crache à la figure d’autant plus volontiers que je n’ai pas à assumer mes opinions au grand jour. Personne ne connaîtra mon vrai visage, alors pourquoi me priver ? » Et les plus jeunes qui arrivent sur le Net (et oui, c’est ainsi, je suis soucieuse des valeurs que nous transmettons aux jeunes générations...) ne connaissent pour la plupart que cette manière d’exprimer leurs opinions, ou de commenter celle de quelqu’un d’autre ; en particulier si ce quelqu’un d’autre est en total désaccord.

Une solution courageuse : rester caché derrière son masque… jouer au corbeau... un sport national -international en fait- qui devrait nous inciter à nous poser des questions et attirer le regard des spécialistes sur un phénomène interprété inversement selon qu’on évolue dans le réel ou le virtuel. Il semble d'ailleurs étonnant qu’aucun sociologue ou anthropologue ne se soit encore penché sérieusement (du moins à ma connaissance) sur ce phénomène.

Pour ma part, j'admets la critique assumée, dithyrambique ou assassine, à partir du moment où elle est signée sous la véritable identité de son auteur. En revanche, pseudos fantaisistes ou anonymes, peuvent aller se rhabiller ; je ne lis ni ne réponds aux auteurs qui se cachent. Je ne fraie ni avec les lâches, ni avec les corbeaux. On ne joue pas dans la même cour... A
utant qu'ils le sachent !

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Publié initialement sur mon site Les Di@logues Stratégiques en mars 2008 : http://www.lesdialoguesstrategiques.com/index.php?option=com_content&task=view&id=112&Itemid=117

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Variation sur le même thème, "En chaque blogueur sommeille un schizophrène…" (9/01/2009) : http://www.lesdialoguesstrategiques.com/index.php?option=com_content&task=view&id=167&Itemid=171
ou sur AgoraVox : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/en-chaque-blogueur-sommeille-un-49793

ALBERT CAMUS CONTRE LA PESTE DES « FEROCES PHILANTHROPES », par Paul Villach, AgoraVox :

Extrait :

« Existe-t-il tant d’hommes dont on puisse dire, comme de Camus, qu’ils ont vu clair ? Est-ce la maladie qui le conduisait à regarder la vie en face avec la mort à son revers, cette tuberculose du pauvre attrapée à vingt ans, qui ne l’a pas lâché avec ses rémissions et ses rechutes sans toutefois réussir à l’avoir ? Qui, comme ce jeune homme entre 22 et 47 ans, a pris si tôt la mesure des tragédies de son temps avec une telle lucidité ?

Le colonialisme ? Qu’on relise ses articles d’Alger républicain sur « Misère de la Kabylie » : « Par un petit matin, écrit-il en juin 1939, j’ai vu à Tizi Ouzou des enfants en loques disputer à des chiens kabyles le contenu d’une poubelle. (…) La misère ici n’est pas une formule ni un thème de méditation. Elle est. Elle crie et elle désespère.(…) Il est méprisable de dire que ce peuple n’a pas les mêmes besoins que nous. » Qu’on reprenne sa série d’articles parus dès le 13 mai 1945 dans Combat, intitulée « Crise en Algérie » sur les massacres de Sétif, Guelma et Kerrata, le 8 mai 1945, le jour même de la capitulation nazie où la France était toute à la joie de la paix retrouvée !

Alors qu’au mois d’août suivant, les journaux célèbrent les bombes atomiques qui viennent d’anéantir Hiroshima et Nagasaki, qui exprime dans Combat son angoisse devant l’époque de terreur nouvelle qui vient de s’ouvrir ?

À l’heure du Communisme triomphant où certains intellectuels se font les « compagnons de route » du Parti Communiste français, c’est encore Camus qui dénonce avant l’heure le régime soviétique concentrationnaire et plaide pour une politique où il n’entend être « ni victime ni bourreau ». « (Les camps) font partie de l’appareil d’État, en Russie soviétique, vous ne pouvez l’ignorer, fait-il observer à Emmanuel d’Astier de la Vigerie, dès octobre 1948. Il n’y a pas de raison au monde, historique ou non, progressive ou réactionnaire qui puisse me faire accepter le fait concentrationnaire. ».

lundi 30 novembre 2009

QU’A-T-ON FAIT DE NOS ECOLES REPUBLICAINES ?


J’ai écrit ce billet en réaction à l'article de Paul Villac, « Allez vous faire enc… ! ont écrit des lycéens à leur professeur. Comment est-ce possible ? », publié dans le journal citoyen AgoraVox du 24 novembre 2009: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/allez-vous-faire-enc-ont-ecrit-des-65722.
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« Allez vous faire enc… » ? ont écrit des lycéens à leur professeur… Dans une société constituée d'enfants-roi où "C'est mon droit..." a remplacé : "J'ai des droits, mais j’ai aussi aussi des devoirs", où l'on confond « liberté » avec "Je fais ce que je veux où je veux quand je veux" et où responsabilité ne rime plus avec cette fameuse liberté devenue libertaire à cause des « saboteurs » de vocabulaire, où les profs sont méprisés, leur autorité réduite à une peau de chagrin avec la complicité de l'Etat et des parents d’élèves, franchement, qu’y a-t-il de si étonnant ?

Ma vision de tout ce cirque, c'est que certains jeunes de lycées publics qui estiment avoir tous les droits n'ont même pas conscience (ce n'est pas leur faute d'ailleurs, mais plutôt celle de leurs parents, de certains éducateurs et de l’Education nationale qui ont baissé les bras) qu'ils vont gâcher leurs meilleures armes pour avoir une chance d’obtenir un bon emploi lorsqu'ils auront l'âge de s'assumer financièrement. Rechignant à l'effort, refusant d’apprendre ce qui les ennuie, incapables de se concentrer pendant les cours (d’où cette demande légitime des profs de réclamer la fermeture des portables) ces jeunes dits difficiles se feront doubler par les bons élèves du « privé ». Un marché porteur, comme le souligne Paul Villach puisque de plus en plus de parents rejettent les lycées publics. Des lycées qui destinent les gamins à l’échec en les dirigeant dans les filières les moins cotées au lieu de les préparer à l'entrée dans la vie active.

Les enfants des classes sociales favorisées, dont les parents eux ne mégotent pas sur les moyens quand il s’agit de mettre toutes les chances de leur côté pour gatantir à leur progéniture de phagocyter les meilleurs postes. Les inégalités se perpétuent en dépit d’un système scolaire qui prétend respecter l’égalité des chances. Les emplois les mieux rémunérés vont aux enfants des classes favorisées. Aux autres, les emplois subalternes… ou le chômage.

Il arrive aussi que des parents issus des classes moyennes se privent afin d’offrir à leurs enfants des études en institution privée. D’autres usent de subterfuges pour pouvoir inscrire leurs rejetons dans des lycées publics de bonne réputation. Ces lycées, comme ces enfants, sont l'exception mais, pour brouiller les pistes, les médias et le gouvernement vont donner en exemple la réussite d’anciens mômes de cités ou de ces Français moyens parvenus miraculeusement à crever le plafond de verre et à décrocher des postes de cadres dirigeants. Dans les années 1960/1970, Pierre Bourdieu[1] ou Jean Piaget dénonçaient déjà les injustices sociales et leur répétition de décennie en décennie.

A qui profite ce beau désordre organisé depuis une bonne vingtaine d'années ? Qui aurait -dans le contexte de course aux emplois les plus rémunérateurs et de protection des acquis- intérêt à ce que les choses changent ? Oui, qui aurait intérêt à ce que chacun dispose des mêmes chances -au sens républicain du terme- , à ce que le fameux « ascenseur social » fonctionne ? Certainement pas ceux qui phagocytent les postes les plus rémérateurs et font en sorte de les transmettre, quasiment en héritage, à leurs descendants ? Voici quelques chiffres, extraits du livre La Démocratisation de l'enseignement de Pierre Merle (La Découverte, 2002) cités par François Dubet, auteur de l'article : « Les pièges de l'égalité des chances » publié dans Le Monde du 30 novembre 2009 : "50 % des enfants de cadres et 5 % des enfants d'ouvriers accèdent aujourd'hui aux classes préparatoires - Près de 80 % des élèves en CAP sont d'origine populaire - Si quelques filles accèdent à l'Ecole polytechnique, mais 61 % des emplois peu qualifiés et 82 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes.".

Qu’a-t-on fait de nos écoles républicaines ?
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[1] Je fais référence, notamment, à l’essai de Pierre Bourdieu : Les Héritiers (avec Jean-Claude Passeron. Minuit, 1964) et au livre Où va l’éducation ? de Jean Piaget (Gonthiers Denoël, 1972).