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samedi 3 avril 2010

« Le nouvel Ordre écologique » de Luc Ferry avait 20 ans d'avance


En ce début de week end Pascal, profitant du beau temps et d’un accueillant transat, j’ai relu Le nouvel Ordre écologique. L’arbre, l’animal et l’homme, l’essai de Luc Ferry édité chez Grasset en 1992 (réédité en Poche essais).


« Dans ce climat religieux, cette atmosphère d’inquisition » pour reprendre les mots de Serge Galam dans son article « Des scientifiques demandent une « police » de la science » (Causeur, 3 avril 2010), je m’aperçois que ce texte avait tout simplement vingt ans d’avance. Un livre couronné du Prix Médicis de l’essai que tout le monde ou presque semble avoir oublié (moi y compris, mea culpa…) en dépit de l’hypermédiatisation à laquelle il avait eu droit à l’époque.


Dans son livre, Luc Ferry s’attache à défendre l’humanisme contre le naturalisme mais, en aucun cas, il ne plaide contre l’écologie (ça, c’est la thèse de ses détracteurs) ; il réclame une écologie respectueuse de la démocratie. Et, sans cautionner en bloc le discours de Luc Ferry, certains mots résonnent en écho au combat mené par les climato-sceptiques d’aujourd’hui (scientifiques ou simples citoyens, dont beaucoup sont écologistes) contre une « éco-religion punitive » non seulement dangereuse mais contre nature…


La France, notamment, s'enfonce dans le sectarisme et la haine de l'autre dans le débat politique et "climatique". Depuis que le monde -avec la chute du Mur- a perdu ses repères (comprendre : un ennemi bien identifié) en même temps que ses illusions, il a fallu trouver d'autres combats. Et si un combat en remplace un autre, quand les extrêmes s'affrontent, ce sont toujours les mêmes forces qui s'opposent en vérité : d'un côté l'anti-occidentalisme par des nantis au ventre plein, chantres de la décroissance économique et de l'anti-capitalisme prônant le fondamentalisme écologique et, de l'autre, la démocratie, la liberté, l'écologie responsable et l'humanisme.


Docteur en sciences politiques, membre du Comité consultatif national d’éthique depuis 2009, Luc Ferry est philosophe et ancien ministre français de l’Education nationale (gouvernement Raffarin de 2002 à 2004). Il a publié une trentaine de livres, dont : Familles je vous aime ! (XO éditions, 2007), L’homme-Dieu ou le sens de la vie ? (Grasset, 1996. Prix littéraire des Droits de l’Homme), Qu’est-ce qu’une vie réussie ? (Grasset, 2002) ou Combattre l’illettrisme (Odile Jacob, 2009), etc.


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Extrait :


« Alors que les idéologies politiques fortes, à l’exception des intégrismes, déclinent partout dans le monde, n’y a-t-il pas là de quoi ranimer les flammes d’un éternel militantisme ? D’autant que la critique de la modernité peut recueillir le fervent soutien des grandes religions, toujours promptes à tancer l’orgueil des hommes, mais aussi l’approbation des néo-fascistes ou ex-staliniens dont les convictions anti-libérales passées ou présentes, refoulées par nécessité plus que par raison, ne demandent qu’à s’investir dans une nouvelle aventure de la politique scientifique.


« Ecologie ou barbarie » : le siècle prochain risque bien de consacrer ce slogan. Autant repérer le faux débat qui menace et la vraie question qui nous attend encore. Le faux débat est simple, on le connaît déjà : « le démocrate vigilant » traite l’écologie de « pétainiste », au motif que son amour de la nature sent beaucoup trop le terroir pour ne pas être quelque peu vert-de-gris. Autre variante : le même démocrate vigilant décèle la réincarnation du gauchisme dans la critique de la civilisation occidentale et l’éloge de la vie frugale des Indiens d’Amérique ou des paysans du Larzac. Soyons clair : le démocrate n’a pas tout à fait tort, loin de là. Il a même raison de nous inciter à réfléchir sur les deux penchants pervers de l’écologisme contemporain, l’un et l’autre animés d’un même mépris de la social-démocratie formelle, l’un et l’autre adossés à une solide tradition dont l’apogée se situa sans doute à la fin des années 30. Mais enfin, on ne saurait ainsi réduire à rien, c’est-à-dire aux seules illusions d’idéologies politiques catastrophistes et catastrophiques, le défi que lance l’écologie à la tradition de l’humanisme moderne. D’autant que la sensibilité écologiste « moyenne », celle de tout un chacun, n’a rien d’extrémiste, ni même d’antidémocratique. Elle relève plutôt de cette esthétique de l’authenticité, de ce souci de soi au nom desquels on revendique volontiers –et pourquoi pas ?- une certaine « qualité de vie ».


Et c’est là, justement, que réside la vraie question. Toute notre culture démocratique, toute notre histoire économique, industrielle, intellectuelle, artistique depuis la Révolution française est marquée, pour des raisons philosophiques de fond, par un éloge du déracinement, ou, ce qui revient au même, de l’innovation –éloge que le romantisme, puis le fascisme et le nazisme n’ont cessé de dénoncer comme fatal aux identités nationales, voire aux coutumes et aux particuliarités locales. Leur antihumanisme, explicite sur le plan culturel, s’est accompagné d’un soui de l’enracinement qui fut propice à l’éclosion d’un formidable attrait pour l’écologie. Pour parodier l’heureuse formule de Marcel Gauchet, « l’amour de la nature » dissimulait (mal) « la haine des hommes ».


Nul hasard, en ce sens, si c’est au régime nazi et à la volonté personnelle d’Hitler que nous devons aujourd’hui encore les deux législations les plus élaborées que l’humanité ait connues en amtière de protection de la nature et des animaux. Et pourtant, comment nier que « la haine des hommes », entendue en un autre sens du génitif, comme mépris cartésien de la nature, et singulièremnt du vivant, ne soit elle aussi une véritable question ? Comment ne pas reconnaître que l’humanisme métaphysique fut, en effet, à l’origine d’une entreprise de colonisation de la nature sans précédent, qu’il s’agit de territoires ou d’êtres vivants, animaux ou « naturels » comme on disait si bien pour désigner les « indigènes » ?


Un humanisme non métaphysique, non tyrannique est-il pensable ? Aurait-il quelque chose d’autre à dire que ce cartésianisme soucieux de faire enfin des hommes les « maîtres et possesseurs de la nature » -ou faut-il nous résoudre à ce retour à la « vraie vie », à la frugalité perdue, à cette Wilderness dont nous abreuvent aujourd’hui le cinéma américains et la philosophie allemande ? Un tel retour signifierait pourtant l’abolition de tout ce que, artificiel en effet, et très dénaturé, nous pouvons aimer dans la culture moderne. La question s’impose donc : la civilisation du déracinement et de l’innovation est-elle, comme il le semble à première vue, tout à fait inconciliable avec la prise en compte du « souci naturel » ? Et, par réciproque, ce dernier suppose-t-il un renoncement aux artifices ? Je ne le crois pas. Encore faut-il, si l’on veut cerner les conditions d’une telle réconciliation, percevoir qu’il est désormais impossible de parler de l’écologie au singulier. Les philosophies qui animent, de façon secrète ou explicite, les diverses sensibilités aux questions d’environnement sont si différentes, voire si opposées, que leur variété même disqualifie les jugements globaux portés pour ou contre l’amour de la nature. Le temps est venu de prendre la mesure de cette complexité, de renoncer enfin aux adversaires fictifs qu’il est trop facile, mais aussi inutile de réfuter.(…)


(…)Dans le tiers-monde ou dans les pays de l’Est, les nécessités du développement économique relèguent au second plan les questions d’environnement. Il y a là une énigme. Car, loin d’être dominées par la seule logique de rentabilité capitaliste ou aveuglées par l’idéologie scientiste censée régir le monde de la technique, nos démocraties libérales suscitent d’elles-mêmes leur propre critique, y compris sous les formes les plus radicales. C’est en Occident que la dénonciation écologiste des méfaits de l’Occident acquiert droit de cité, élabore les arguments les plus sophistiqués, mobilise les sympathisants les plus nombreux. Et le paradoxe est d’autant plus remarquable que l’écologisme radical formule les critiques les plus négatives qui aient jamais été prononcées contre l’univers moderne : le nazisme lui-même, pour ne rien dire du stalinisme, conservait encore une attitude ambiguë face à une technoscience qu’il dénonçait d’uncôté mais ne manquait pas de développer de l’autre, dans le contexte belliciste d’une « mobilisation totale » des forces de la nation. Comment comprendre ce phénomène ?(…)


(…)L’écologie profonde peut allier dans un même mouvement des thèmes traditionnels de l’extrême droite comme des motifs futuristes de l’extrême gauche. L’essentiel, ce qui fournit sa cohérence à l’ensemble, c’est le cœur du diagnostic : lamodernité anthropocentriste est un total désastre. Contre sa tendance à l’unidimensionnalité,déjà décrite par Marcuse ou Foucault, contre le « lobby politico-médiatique », l’uniformité, le consensus, les prétentions à l’universalité, il faut faire l’éloge de la diversité, de la singularité, de la particularité, dont tout aussi bien du « local » (version gauche de l’écologie profonde) que du « national » (version droite). Tout le problème, bien sûr, étant que les modèles de référence, le fascisme et le communisme, s’étant effondrés, la critique externe cherche désespérément les repères conceptuels qui lui permettraient de ne plus s’en tenir aux seuls réflexes. Il faudra donc comprendre comment les deux totalitarismes, qui en d’autres temps eussent constitué les pôles explicites de l’idéal, ne figurent plus qu’en pointillé, réduits qu’ils sont au statut de velléités ou, pour mieux dire, d’intentionnalités. Il reste que les deux penchants fondamentaux de ce tye d’écologie, ses deux interprétations possibles, n’en sont pas moins repérables au traves de la haine sans faille dont elle témoigne envers toute forme de culture humanistique –et en particulier, envers l’héritage honni des Lumières.


(...) Ethique et sciences : le retour des "morales objectives"


Existe-t-il des experts en matière de morale ? La question prêterait à sourire si elle ne prenait chaque jour un caractère plus réel. Aux Etats-Unis, au Canada ou en Allemagne, elle est devenue un thème « académique » qui suscite colloques et publications universitaires. Mais dans le reste de la société tout aussi bien, les « conseils de sages » se multiplient, des « comités d’éthique » apparaissent où des scientifiques, des juristes, des philosophes ou des théologiens professionnels sont appelés à émettre des avis sur des questions touchant la vie intime des individus : procréations médicalement assistées, greffes d’organes, expériemntation humaine, euthanasie, etc. On voit se développer l’idée selon laquelle la connaissance des secrets de l’univers ou des organismes biologiques doterait ceux qui la détiennent d’une nouvelle forme de sagesse, supérieure à celle du commun des mortels. Mais c’est sans nul doute dans le champ de l’écologie que semble s’imposer avec le sceau de l’évidence le sentiment que les sciences de la nature nous livreraient en tant que telles des enseignements applicables dans l’ordre de l’éthique et de la politique. Problème philosophique classique –comment passer de la théorie à la pratique ?- mais qui retrouve, sous des formes nouvelles, une actualité qui mérite réellement réflexion. Car le danger est toujours grand, lorsqu’on prétend trouver des modèles de conduite « naturels » donc « objectifs », et décider more geometrico où se situent le bien et le mal, de voir ressurgir de nouveaux dogmatismes.


L’argument développé dès le XVII° siècle par le philosophe écossais David Hume est pourtant bien connu : de la simple considération de ce qui est, il est impossible d’inférer ce qui doit être. En clair, une théorie scientifique peut bien nous décrire aussi adéquatement que possible la réalité, et anticiper de façon aussi plausible qu’on voudra sur les conséquences éventuelles de nos actions, nous ne pourrons pour autant rien en tirer directement pour la pratique. Même si les services de médecine ont déterminé de façon tout à fait convaincante que la consommation de tabac était toujours nuisible pour notre santé, il convient d’ajouter un maillon intermédiaire pour en tirer une quelconque conclusion éthique : il faut en effet que nous fassions au préalable de notre bonne condition physique une valeur, pour que les résultats du travail scientifique prennent la forme d’un « il ne faut pas ! ». C’est donc toujours la subjectivité (un « je » ou un « nous ») qui décice en dernière instance de valoriser ou de dévaloriser telle ou telle attitude. Faute d’une décision, les impératifs qu’on prétend tirer des sciences demeurent toujours « hypothétiques », puisqu’ils ne peuvent dépasser le cadre d’une formulation du type : « Si tu ne veux pas porter atteinte à ta santé, alors cesse de fumer. ». Mais après tout, il reste possible, du moins dans ce genre de situation touchant le bien-être individuel, d’avoir d’autres valeurs que celles de la conservation de soi, de préférer par exemple une vie courte, mais bonne, à une existence longue et ennuyeuse.


Si l’argument de Hume fait foi, force est de convenir que la morale ne saurait, en tant que telle, être une affaire d’experts. Certes, les savants peuvent avoir un rôle à jouer dans la détermination de nos choix, lorsqu’il importe de prendre en compte les conséquences de nos actes et que celles-ci sont difficilement prévisibles.(…) La limite entre l’ignorance admissible et celle que l’on jugera coupable est difficile à fixer : de là les efforts de la philosophie contemporaine pour reformuler les termes d’une éthique de la responsabilité. Il n’en reste pas moins que, une fois admise et située l’importance de son intervention, ce n’est pas l’expert en tant que tel qui détermine le choix des valeurs. Voilà une leçon qu’on aurait intérêt à ne pas oublier : car de Lénine à Hitler, la prétention à fonder la pratique dans l’objectivité d’une science de la nature ou de l’histoire s’est toujours soldée par des catastrophes humaines.


(…)Le danger d’une prétendue fondation de l’éthique sur la science resurgit : partant de l’idée qu’il existe en principe une nature humaine « saine et identique » en chaque individu, nous sommes de proche en proche conduits à identifier toute pratique supposée déviante à une attitude pathologique. A la limite, le mal se confond avec l’anormalité : il faut être fou pour fumer, pour ne pas aimer la nature comme il convient, etc. –ce pour quoi Callicott n’hésite pas à dire qu’il « faudrait prescrire le recours à un conseiller psychologique » à celui qui nierait la validité du syllogisme écologiste, renouant ainsi, sans doute involontairement, avec un des pires aspects du projet marxien d’une déduction de l’éthique à partir de la science.

Etrange type idéal : cohérent, mais difficle, voire impossible, à classer tant le brun et le rouge ne cessent de s’y mêler –l’amour du terroir, la nostalige de la pureté perdue, la haine du cosmopolitisme, du déracinement moderne, de l’universalisme et des droits de l’homme d’un côté ; mais de l’autre, le rêve autogestionnaire, le mythe de la croissance zéro (ou, comme ondit maintenant, « tenable »), la lutte contre le capitalisme, pour les pouvoir locaux, les référendums d’initiative populaire, contre le racisme, le néo-colonialisme, pour el droit à la différence… Le point commun entre ces thèmes, en apparence éclatés, parfois à la limite de l’inconciliable, ne manque pourtant pas de proondeur. Dès qu’on en saisit le principe, le type idéal retrouve la cohérence (sinon la vérité, ce qui est une autre affaire) que nous aurions pu être enclins à lui refuser : c’est que dans tous les cas de figure, l’écologiste profond est guidé par la hain de la modernité, l’hostilité au temps présent. Comme l’écrit Bill Devall, dans un passage qui trahit, en négatif, le fond de sa pensée : la civilisation moderne est celle dans laquelle « le nouveau est valorisé davantage que les générations futures ». L’idéal de l’écologie profonde serait un monde où les époques perdues et les horizons lointains auraient la préséance sur le présent. Nul hasard, dès lors, si elle ne cesse d’hésiter entre les motifs romantiques de la révolution conservatrice, et ceux, « progressistes », de la révolution anticapitaliste. Dans les deux cas, c’est la même hantise d’en finir avec l’humanisme qui s’affirme de façon parfois névrotique, au point que l’on peut dire de l’écologie profonde qu’elle plonge certaines de ses racines dans le nazisme et pousse ses branches jusque dans les sphères les plus extrêmes du gauchisme culturel.(...)


(…)La deep ecology, malgré ses effets séducteurs, malgré l’attrait médiatique exercé par des organisations radicales telles que Greenpeace, n’en est pas moins marginale par rapport à l’engouement dont bénéficie aujourd’hui, dans tous les pays industrialisés, le souci de l’environnement. Pour l’essentiel, l’amour de la nature me semble être composé de passions démocratiques, partagées par l’immense majorité des individus qui souhaitent éviter une dégradation de leur qualité de vie ; mais ces passions se trouvent sans cesse récupérées par les deux versants extrémistes, néo-conservateur ou néo-progessiste, de l’écologie profonde. C’est là une des fonctions des partis Verts, dans leur combat contre le réformisme. On aurait donc tort de dénoncer l’écologie en général comme « pétainiste » ou « gauchiste » : ce serait passer à côté du phénomène majeur, manquer le sens de la lame de fond qui s’empare aujourd’hui des sociétés démocratiques, et qui n’est pas nécessairement liée à la renaissance des nostalgies romantiques ou des messiaismes utopiques.».


Luc Ferry in Le nouvel Ordre écologique. L’arbre, l’animal et l’homme (Grasset, 1992).

jeudi 1 avril 2010

400 CLIMATOLOGUES EN COLERE : 2 versions pour une même pétition !


Quelle ne fut pas ma surprise, en ce jour de 1er avril, de découvrir qu’une grande partie du texte d’origine(1) de « L’appel Ethique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte » avait été remplacée par de nouveaux paragraphes.


Oubliés le « sentiment d’impunité totale », « la mauvaise foi », « la théorie du complot », « la provocation », la longue envolée sur « la compréhension des liens entre gaz à effet de serre et climat » dans la nouvelle version datée du 29 mars(2). En revanche, s’il est toujours question des « principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société », les pétitionnaires s’obstinent à ignorer les 7 publications scientifiques sur le climat dont M. Courtillot est l’auteur (avec M. Le Mouël).


Sept publications pourtant passées par le filtre standard des publications scientifiques et relues par des pairs : « Ces accusations ou affirmations péremptoires ne passent pas par le filtre standard des publications scientifiques. Ces documents, publiés sous couvert d’expertise scientifique, ne sont pas relus par les pairs, et échappent de ce fait aux vertus du débat contradictoire ». Cette affirmation tendancieuse me semble une bien curieuse façon de lancer un débat « serein », puisque tel serait le désir des 400 chercheurs-climatologues qui affirment : « Au vu des défis scientifiques posés par le changement climatique, nous sommes demandeurs d’un vrai débat scientifique serein et approfondi. ».


Enfin, la nouvelle version mentionne en post-scriptum : « Une version initiale de cet appel ayant été diffusée publiquement le 29 mars, nous avons informé les destinataires de notre initiative ; la lettre et la liste définitives des signataires seront envoyées le 7 avril. ». Et oui, votre serviteur a éventé le projet de cabale en publiant le texte de la pétition en primeur sur AgoraVox mardi dernier... et se félicite d’avoir copié/collé tout le texte plutôt que le lien ! (cf : Climato-scepticisme : Galilée convoqué devant le Saint-Office ?).


Une « fuite » qui a tout de même un tantinet gâché le bel effet de surprise sur lequel comptaient nos 400 scientifiques-réchauffistes épris d’éthique pour lancer leur cabale. Résultat: un nouveau texte rédigé dans la hâte et relayé par les médias « officiels » le jour du poisson d’avril. De là à y voir un fake… A l’ère d’internet, l’information circule plus vite que son ombre… et on ne se méfie jamais assez de la blogosphère et de sa résonance.


(1) Paragraphes supprimés, indiqués en rouge dans la version datée du 27 mars 2010 et copiée/collée à la suite de la nouvelle version.


(2) Changements importants signalés en rouge dans la version datée du 29 mars 2010 ET copiée/collée à la suite de ce billet.

Illustration de Le Honzec

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(1) Première version du 27 mars 2010 (copiée/collée à la fin de mon article « Galilée convoqué devant le Saint-Office ? » publié en primeur sur AgoraVox le 29 mars 2010) :

TEXTE DE LA PETITION

en ligne sur le site du club des argonautes, à l’initiative de Valérie Masson-Delmotte.

« Le samedi 27 Mars 2010

277 Internautes ont signé l’appel Éthique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte

Cette page, http://www.clubdesargonautes.org/iF... est destinée aux scientifiques, (universitaires et chercheurs) compétents en Sciences du Climat.

Les signataires s’engagent sur leur expertise scientifique propre. En aucun cas leur signature ne peut engager leurs organismes de tutelle, dont la mention n’est faite qu’au titre de la transparence.

En signant ici, vous acceptez que vos nom et qualité apparaissent dans une liste qui sera rendue publique. A contrario, votre adresse E-mail ne sera pas divulguée, mais pourra être utilisée par les premiers signataires, dans le but exclusif de vous informer des suites de cette démarche.

ATTENTION, VOTRE SIGNATURE NE SERA ENREGISTRÉE QUE SI VOUS LA CONFIRMEZ PAR E-MAIL. N’OUBLIEZ PAS DE LE FAIRE !

Les signatures de ce texte seront recueillies jusqu’au 6 avril au soir, puis le texte signé sera d’abord envoyé le 7 avril par lettre recommandée aux instances scientifiques mentionnées. Nous vous remercions de respecter ce calendrier. Seulement après réception de ces courriers, le texte sera mis en ligne publiquement.

En parallèle, nous vous invitons à faire suivre les erreurs identifiées dans les ouvrages et séminaires mentionnés (numéro de page ou minute, description, et explications par rapport aux faits scientifiques disponibles dans les bases de données ou la littérature scientifique) à valerie.masson@lsce.ipsl.fr"

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Destinataires :

Mme la Ministre de la Recherche

M. le Directeur de la Recherche

Mr le Président de l’Agence d’Évaluation de la Recherche

M. le Président de l’Académie des Sciences

M. le Président Directeur Général du CNRS

Mrs. les Directeurs et Directeurs adjoints de l’INSU et l’INEE du CNRS

M. le Président du Comité d’Éthique du CNRS

Éthique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte

Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les hautes instances scientifiques françaises : Ministère de la Recherche, Centre National de la Recherche Scientifique, et Académie des Sciences, qui n’ont pas réagi aux accusations calomnieuses lancées à l’encontre de notre communauté.

Un pacte moral relie les scientifiques et la société. Rémunérés par les crédits publics, les scientifiques doivent déployer une rigueur maximale, pour la conception, la réalisation, la publication de leurs travaux. Leurs pairs sont les arbitres de cette rigueur, à travers les processus critiques de relecture, de vérification, de publication des résultats. Les hautes instances scientifiques sont les garants de cette rigueur. C’est sur cette éthique scientifique que repose la confiance que la société peut accorder à ses chercheurs.

Reconnaître ses erreurs fait également partie de l’éthique scientifique. Lorsqu’on identifie, après la publication d’un texte, des erreurs qui ont échappé aux processus de relecture, il est d’usage de les reconnaître, et de les corriger, en publiant un correctif. Ainsi, des glaciologues ont mis en évidence une erreur dans le tome 2 du 4ème rapport du Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat (« Impacts, Adaptation et Vulnérabilité, chapitre 10 : Asie ») concernant le devenir des glaciers de l’Himalaya. En l’absence de procédure formelle d’« erratum », le GIEC a publié son « mea culpa » (http://www.ipcc.ch/pdf/presentation... ;), reconnaissant l’erreur, et pointant que les processus de relecture du groupe 2 (rédigé et relu par les spécialistes des impacts du changement climatique sur les écosystèmes et l’économie) n’avaient pas fonctionné. En cela, le GIEC a respecté la déontologie scientifique.

Depuis plusieurs mois, des scientifiques reconnus dans leurs domaines respectifs, membres actifs de l’Académie des Sciences, dénigrent les sciences du climat et l’organisation de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique - comme le fait Claude Allègre dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie (Plon, 2010), pointant les prétendues « erreurs du GIEC », comme le fait Vincent Courtillot dans Nouveau voyage au centre de la Terre (Odile Jacob, 2009), dans son séminaire de rentrée de l’Institut de Physique du Globe de Paris ( http://www.ipgp.fr/pages/040805.php...) ou bien dans les « libres points de vue d’Académiciens sur l’environnement et le développement durable » ( http://www.academie-sciences.fr/act...). Leurs accusations ou affirmations péremptoires ne passent pas par le filtre standard des publications scientifiques. Ces documents, publiés sous couvert d’expertise scientifique, ne sont pas relus par les pairs, et échappent de ce fait aux vertus du débat contradictoire.

Ignorons le dénigrement, la théorie du complot et les aspects politiques. Appliquons-leur simplement la même exigence de rigueur qu’à n’importe quel manuscrit scientifique. De nombreuses erreurs de forme, de citations, de données, de graphiques ont été identifiées. Plus grave, à ces erreurs de forme s’ajoutent des erreurs de fond majeures sur la description du fonctionnement du système climatique.

Plusieurs hypothèses sont possibles, pour expliquer la publication d’ouvrages dont certains battent tous les records en termes d’erreurs de forme et de fond pour l’ensemble des arguments scientifiques : s’agit-il d’une provocation délibérée, pour se placer en position de victime, et attirer la sympathie du grand public ? S’agit-il d’incompétence, ces auteurs croyant sincèrement à leurs affirmations fausses, faute d’une connaissance de la littérature scientifique ? D’une mauvaise foi délibérée, l’éthique scientifique étant mise aux oubliettes, et l’apparence pseudo-scientifique (références fausses, courbes inventées, résultats scientifiques détournés…) étant mise au service d’un message avant tout politique ?

Dans tous les cas, la publication de ces affirmations témoigne d’un sentiment d’impunité totale de la part de leurs auteurs, qui oublient les principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société.

Nos observations, nos études des processus physiques, nos outils de modélisation, qui contribuent à une expertise nécessairement internationale, nous montrent que :

• les émissions de gaz à effet de serre, en augmentation, modifieront durablement le bilan radiatif terrestre ;

• la compréhension des liens entre gaz à effet de serre et climat ne repose pas sur des corrélations empiriques, mais sur l’étude de mécanismes physiques, amplement démontrés. Les modèles de climat sont très largement testés sur leur capacité à représenter les processus clés du changement climatique en cours ainsi que des variations climatiques passées ;

• l’amplitude et la structure des changements observés depuis 50 ans sont cohérents avec les conséquences théoriques d’un réchauffement induit par un surplus de gaz à effet de serre ;

• les conséquences d’une poursuite au rythme actuel des rejets de gaz à effet de serre peuvent être graves, d’ici quelques décennies.

Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les hautes instances scientifiques françaises : Ministère de la Recherche, Centre National de la Recherche Scientifique, et Académie des Sciences au sujet de leur silence vis-à-vis d’accusations publiques sur l’intégrité des scientifiques du climat, accusations qui sortent du cadre déontologique.

Liste des premiers signataires

Valérie Masson-Delmotte (LSCE)- Edouard Bard (Collège de France / CEREGE)- François-Marie Bréon (LSCE)- Christophe Cassou (CERFACS)- Jérôme Chappellaz (LGGE)- Georg Hoffmann (LSCE)- Catherine Jeandel (LEGOS)- Jean Jouzel (LSCE)- Bernard Legras (LMD)- Hervé Le Treut (IPSL)- Bernard Pouyaud (IRD)- Dominique Raynaud (LGGE)- Philippe Rogel (CERFACS). ».

(2) Deuxième version du 29 mars 2010 (copiée/collée à partir du lien : version de la « lettre ouverte »)

« Le jeudi 1 Avril 2010
489 Internautes ont signé l'appel Éthique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte

Cette page, http://www.clubdesargonautes.org/iFPXAGvdz/php/index.php est destinée aux scientifiques, (universitaires et chercheurs) compétents en Sciences du Climat.

Les signataires s'engagent sur leur expertise scientifique propre. En aucun cas leur signature ne peut engager leurs organismes de tutelle, dont la mention n'est faite qu'au titre de la transparence.

En signant ici, vous acceptez que vos nom et qualité apparaissent dans une liste qui sera rendue publique. A contrario, votre adresse E-mail ne sera pas divulguée, mais pourra être utilisée par les premiers signataires, dans le but exclusif de vous informer des suites de cette démarche.

ATTENTION, VOTRE SIGNATURE NE SERA ENREGISTRÉE QUE SI VOUS LA CONFIRMEZ PAR E-MAIL. N'OUBLIEZ PAS DE LE FAIRE !

Les signatures de ce texte seront recueillies jusqu'au 6 avril au soir, puis le texte signé sera d'abord envoyé le 7 avril par lettre recommandée aux instances scientifiques mentionnées. Nous vous remercions de respecter ce calendrier. Seulement après réception de ces courriers, le texte sera mis en ligne publiquement.

En parallèle, nous vous invitons à faire suivre les erreurs identifiées dans les ouvrages et séminaires mentionnés (numéro de page ou minute, description, et explications par rapport aux faits scientifiques disponibles dans les bases de données ou la littérature scientifique) à valerie.masson@lsce.ipsl.fr"


PS : une version initiale de cet appel ayant été diffusée publiquement le 29 mars, nous avons informé les destinataires de notre initiative; la lettre et la liste définitives des signataires seront envoyées le 7 avril.



Deuxième version, 29 mars 2010.

Destinataires :

Mme la Ministre de la Recherche
M. le Directeur de la Recherche
M. le Président de l’Académie des Sciences
Mmes et MM. les Directeurs des acteurs de la recherche publique regroupés au sein de l’Alliance thématique AllEnvi (BRGM, CEA, CEMAGREF, CIRAD, CNRS, CPU, IFREMER, INRA, IRD, LCPC, Météo France, MNHN)
M. le Président de l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur
M. le Président du Comité d’Éthique du CNRS

Éthique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte

Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de notre communauté.

Un pacte moral relie les scientifiques et la société. Rémunérés principalement par les crédits publics, les scientifiques doivent déployer une rigueur maximale, pour la conception, la réalisation, la publication de leurs travaux. Leurs pairs sont les arbitres de cette rigueur, à travers les processus critiques de relecture, de vérification, de publication des résultats. Les hautes instances scientifiques sont les garants de cette rigueur. C’est sur cette éthique scientifique que repose la confiance que la société peut accorder à ses chercheurs.

Reconnaître ses erreurs fait également partie de l’éthique scientifique. Lorsqu’on identifie, après la publication d’un texte, des erreurs qui ont échappé aux processus de relecture, il est d’usage de les reconnaître, et de les corriger, en publiant un correctif. Ainsi, des glaciologues ont mis en évidence une erreur dans le tome 2 du 4ème rapport du Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat («Impacts, Adaptation et Vulnérabilité, chapitre 10 : Asie») concernant le devenir des glaciers de l’Himalaya. En l’absence de procédure formelle d’«erratum», le GIEC a publié son «mea culpa» ( http://www.ipcc.ch/pdf/presentations/himalaya-statement-20january2010.pdf), reconnaissant l’erreur, et soulignant que les processus de relecture du rapport n’avaient pas fonctionné pour ce paragraphe. En cela, le GIEC a respecté la déontologie scientifique.

Depuis plusieurs mois, des scientifiques reconnus dans leurs domaines respectifs dénigrent les sciences du climat et l’organisation de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique - comme le fait Claude Allègre dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie (Plon, 2010), pointant les prétendues «erreurs du GIEC», comme le fait Vincent Courtillot dans Nouveau voyage au centre de la Terre (Odile Jacob, 2009) et dans des séminaires académiques. Ces accusations ou affirmations péremptoires ne passent pas par le filtre standard des publications scientifiques. Ces documents, publiés sous couvert d’expertise scientifique, ne sont pas relus par les pairs, et échappent de ce fait aux vertus du débat contradictoire.

Ces ouvrages n'auraient pu être publiés si on leur avait simplement demandé la même exigence de rigueur qu'à un manuscrit scientifique professionnel. De nombreuses erreurs de forme, de citations, de données, de graphiques ont été identifiées. Plus grave, à ces erreurs de forme s’ajoutent des erreurs de fond majeures sur la description du fonctionnement du système climatique. Leurs auteurs oublient les principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société.

Ces attaques mettent en cause la qualité et la solidité de nos travaux de recherche, de nos observations, études de processus, outils de modélisation, qui contribuent à une expertise nécessairement internationale.

Vous constituez les structures référentes de la recherche scientifique française. Les accusations publiques sur l’intégrité des scientifiques du climat sortent des cadres déontologiques et scientifiques au sein desquels nous souhaitons demeurer. Nous pensons que ces accusations demandent une réaction de votre part, et l’expression publique de votre confiance vis-à-vis de notre intégrité et du sérieux de nos travaux. Au vu des défis scientifiques posés par le changement climatique, nous sommes demandeurs d’un vrai débat scientifique serein et approfondi.

Liste des premiers signataires

Valérie Masson-Delmotte (LSCE)- Edouard Bard (Collège de France / CEREGE)- François-Marie Bréon (LSCE)- Christophe Cassou (CERFACS)- Jérôme Chappellaz (LGGE)- Georg Hoffmann (LSCE)- Catherine Jeandel (LEGOS)- Jean Jouzel (LSCE)- Bernard Legras (LMD)- Hervé Le Treut (IPSL)- Bernard Pouyaud (IRD)- Dominique Raynaud (LGGE)- Philippe Rogel (CERFACS) ».

mercredi 31 mars 2010

400 scientifiques français appellent à un Ordre Nouveau de la Science pour le salut des générations futures. "Que nul n'entre s'il n'est pas géomètre


"Un commentaire à l’article de Véronique Anger ("Galilée convoqué par le Saint-Office") par une certaine Virginie – quelle époque, où les scientifiques se cachent derrière des pseudos- me fait rebondir sur un autre, celui de Christian Delacroix ; alors que je ne suis pas habitué à la mêlée, ni ne suis en période de promotion d’un nouveau roman (je soupçonnais là une remarque possible d’un gentil contributeur…).

La, maintenant connue, pétition, et sa réponse (oui, d’accord, un écrivain peut être l’époux d’une journaliste), me sont apparus soudain comme dans une pièce de la tragédie grecque, pour ce qu'ils sont, et surtout pas le combat pro-domo ou contre le réchauffement anthropique. Cette pétition est la conclusion du lent mouvement de paupérisation culturelle des scientifiques français, séparés de la Cité par la recherche du/des crédits politique(s), fonctionnarisés par la Nation, déçus de n'avoir pas la mission nobélisée de sauver les générations futures, seuls.

Il est question dans le texte principale -celui publié avant que Véronique n'en lance la lecture publique, le faisant résonner jusqu'à l'Élysée comme un poisson de Premier avril- d’éthique scientifique et de ses contrevenants, nommément cités. Les signataires nous proposent une profession de foi en trois points sur l'oeuvre satanique de l'homme, manipulateur de la Nature et demandent que soient soumis au contrôle de la majorité –non pas la probité, ni la validité- toutes les voies de recherches contestataires de cette science balbutiante dont on veut nous faire croire qu’elle s’appelle « science du climat », alors qu’elle n'est que le reflet compliqué de la somme totale de ce que les présocratiques et Aristote nomment l’étude contradictoire des phénomènes naturels.

Je rappelle que le physiologoï qu’est Hippocrate ou Thalès se permet une approche globale des lois gouvernant le monde et en appelle à toutes les disciplines pour en comprendre sa mécanique. Il est mathématicien ou philosophe, il observe et tente de reproduire par la démonstration et la réplication. Il refuse aux "sens" de le tromper. Jusqu'à ce que je comprenne que j'étais en dehors de "leur" vérité, je pensais qu’un mathématicien, un historien, un géologue, tout expert dans sa spécialité, entrant volontairement dans la discussion climatologique n’avait pour moi -celui qui observe- aucune « illégitimité » et rassurait plutôt mes « sens » citoyens.

Ma surprise du matin, est conséquente au commentaire de cette inconnue -que son adresse IP porte vers des terres connues de la controverse, une filiale du CEA- que tous, de la journaliste, le scientifique non « légitimé » par ses pairs, le citoyen, disons, même, un simple écrivain comme moi, ne puissent s’immiscer dans la réflexion sur l’un des sujets principaux de notre vie planétaire. Dont acte.

Il n’y aurait donc plus qu’un seul bon camp « légitime », les prêtres et leurs disciples baptisés. Ce seraient les ONG validées par le corps scientifique du GIEC, les auteurs et acteurs favorables à l’épilation à froid comme message planétaire, les chanteurs – Attention , je n’ai pas parlé de ceux qui ne paient pas leurs impôts et se cachent dans des paradis fiscaux – et tous les « bons » citoyens qui diffusent la parole cataclysmique de la fin du monde, celle qui prévient les générations futures de l'imminence des mètres d’eau salant tous les verres de Bourbon du monde riche et civilisé et de son envers infernal de tonnes de sables asséchant les rizières des populations déjà affamées. Tous ceux qui n’ont pas le badge offert par Al Gore après le séminaire de crétinisation doivent continuer à diffuser « La mauvaise foi et les erreurs criantes (qui) n'ont pas leur place dans les journaux scientifiques soumis à la relecture par les pairs (mais) malheureusement, (qui) trouvent leur place dans les médias » (sic).

Laissons-nous donc porter vers ceux qui essayent de dénaturer ce terrible terme de négationnisme en oubliant que le corps scientifique sans éthique ni contrôle citoyen a permis l’Inquisition et les tests « in-vivo » du docteur Mengele. Pourtant, leur discours autour du CO2, « nos usines nucléaires rejettent moins de CO2 que nos forêts » promeut non seulement d’autre lobbies que le tout puissant monde du pétrole (vade retro !) mais surtout la décroissance, vieille rengaine des années soixante-dix, qui a conduit au retour à la nature et aux bons airs de la campagne, nos riches enfants intellos jusqu'aux fermes du Larzac, avant de les faire revenir à la capitale pour terminer Science Po. Pour les autres de cette génération -les plus pauvres et les oubliés- ce furent les champs de PolPot et de Mao.

Le mauvais bourgeois est donc de retour ! Il est partout ! Entrez chez lui pour lui couper l’eau chaude ! Coupez-lui la tête, bonnes gens ! Il est le mal incarné quand il veut « des oranges en hiver venues de l'autre bout du monde ? Trois voitures chacun ? Un 4x4 capable de monter à 250 km/h pour aller acheter du pain à l'autre bout de la rue ? ». (Reprends un peu de ce Bourgogne, ma Chérie, je l’ai eu en contrebande). Nous l’avons entendu de la bouche du ministre français, réduisant la discussion écologique au « Allez ! Continuez à consommer 15 litres aux cent ! ». Sous-entendu, l’État français n’a jamais empêché la vente des véhicules électriques, l’émission des magiques « cartes grises » permettant un marché secondaire, ni la libéralisation de l’énergie électrique pour tous, solaire ou éolien. Là on touche à la richesse de notre industrie nationale. Quand il veut vivre libre et fumer son cigare en paix, chauffé au solaire en attendant que les états veuillent bien lui offrir cette énergie verte dont il rêve, le bourgeois nouveau doit battre sa coulpe en plus de le payer avec les dollars qu’il a eu un « mal » fou à gagner.

En cette période d'après Carême catholique, voici donc revenue la notion scientifique de l'éthique envisagée par la civilisation chrétienne du haut moyen-âge et dont s’inspirent tous les systèmes totalitaires. Une éthique « pour le seul bien des générations futures » qu'on voudrait contrôlée par l’État, quand il nous est favorable dogmatiquement, sous excuse de « validation », une éthique scientifique qui n’appartiendrait qu’au monde scientifique.

Je suis pourtant un écologiste convaincu, qui connait mieux la vie sous-marine qu’un Le Treut ou une Delmotte (j’hésite à lâcher une méchanceté sur la dame, mais la lecture de ses publications pour les enfants me fait furieusement penser aux publications soviétiques enfantines montrant le futur paradis communiste –un blond au torse puissant- désignant du doigt le présent bourgeois –un petit malingre avec un gros nez- ), j’observe et je constate que l’opinion change. Plus personne n’accepte qu’on continue à jouer du « légitime » pour un Al Gore et un Harisson Ford, un Hulot ou un Artus-Bertrand, un Kempf ou un Foucard, et d’un illégitime pour un scientifique Courtillot ou un Allègre, un Serge Galam ou tout autres scientifiques, ainsi que de n’importe lequel de ces dizaines de milliers de chercheurs de tous horizons qui se découvrent en désaccord avec le grand montage scientifique de la décroissance des pays riches. Oui, mais là, les budgets, ceux qui se réduisent après le fiasco de Copenhague, ne peuvent être donnés à tous… Zut, j’ai mis le doigt sur la plaie ouverte de la climatologie contemporaine.

Allons, revenons aux fondamentaux. Rappelons qu’il n’y a « science sans conscience », comme le rappelle l’excellent rapport de l’UNESCO cité par Véronique, que la dialectique contradictoire, le "dianoia" grec, est l’essence de la recherche scientifique. Félicitons le directeur de l'académie des sciences qui répond aux pétitionnaires que "la science n'est pas l'éco-religion punitive".

J’aime beaucoup la dispute qu'il y eut chez les philosophes et les traducteurs classiques autour de l'avertissement gravé sur le fronton de l'Académie d’Athènes. Il fut longtemps traduit par les moines de notre culture chrétienne en une interdiction de penser, adressée aux non-scientifiques : «Que nul n’entre s’il n’est géomètre ». Il doit pourtant être pris au sens passif du "geômetrètos", « qui peut être objet de géométrie ».

Le texte de Véronique Anger, tout comme l'avertissement gravé par les Athéniens, n'est pas adressé à ceux qui sont ou ne sont pas "géomètres", ces "légitimés" de la bonne conscience décroissante. Je le reçois comme la réponse à tous ceux, les inquisiteurs et les étroits d’esprit, qui ne voudront pas s’ouvrir à l’esprit même de la "géométrie", c’est-à-dire : partager les sciences et les connaissances pour le seul bien commun.".

Patrick de Friberg

(article également en ligne sur Le Post).


Patrick de Friberg est écrivain (thrillers et romans d'espionnage). Il a publié Passerelle Bankovski (JML éditeur, 2005), Homo Futuris et Exogènes (Des idées et des Hommes, 2007), Dossier Déïsis (Le castor astral, 2009), Le Représentant (Alibis, 2010), ... Plus d'infos.