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jeudi 22 avril 2010

La dernière Croisade… Le livre made in Facebook. Par Nicolas Grondin, éditeur


La dernière Croisade
Véronique Anger
L'Arganier 2009. 15 €

"Une création intellectuelle tangible, dans l’économie réelle, réalisée en direct sur le virtuel de leur mur.". Nicolas Grondin, éditeur.


Pari réussi(1) ! Le buzz sur la blogosphère et les réseaux sociaux sont beaucoup plus efficaces que les services de presse croulant sous les nouveautés, qui ne s'intéressent qu'aux "grosses machines" à vendre des livres... Nous avons appliqué cette maxime d'André Schiffrin : "Notre rôle est d'être contre-cyclique. C'est précisément quand tout le monde est d'accord qu'il faut commencer à se poser des questions" (Le contrôle de la parole. La Fabrique, 1999) et le public a suivi...


Article reproduit avec l'aimable autorisation de Nicolas Grondin. Source : site web des éditions L’Arganier, Un arbre au seuil du désert.



"Je ne sais pas si c’est une première, si c’est LE premier livre strictement issu d’une relation Facebook. Peut-être. Mais au fond, je m’en tamponne, cela a été une expérience édifiante à de nombreux égards et oui, tout s’est construit sur ce réseau.

Partons du début.
Je ne suis pas un geek, loin s’en faut. Un poil ours, passéiste et rétrograde, même. Ce n’est que tardivement que je me suis intéressé personnellement aux réseaux sociaux du Web. Jusqu’au début de 2009, ça représentait pour moi un bizarre phénomène réservé aux drogués de l’écran, potentiellement dangereux pour mon intimité, vu l’espionnite aiguë de nos sociétés mercantiles.
Et puis, deux amis auteurs m’ont convaincu qu’il y avait quelque intérêt à faire sa «page» sur un réseau comme Facebook. Autant prendre le plus célèbre, n’est-ce pas ? Après tout, je passe déjà mes journées devant un écran pour des raisons professionnelles ; et ce que l’on va savoir de moi ne sera que ce que j’y livrerai. Bon… Je me suis fendu, à tâtons, d’un «mur» en remplissant les «infos» puis… enfin, vous connaissez le processus, puisque vous lisez ce texte.
Comme tout le monde, une fois connecté aux deux amis en question, j’ai cherché d’autres contacts avec une vague idée : constituer un petit réseau de gens intéressés de près ou de loin par le Livre, son actualité, ses soubresauts, éventuellement mon actualité éditoriale, etc. Donc, je cherchais des auteurs, des collègues, des lecteurs, des illustrateurs, des libraires… De clic en clic, ma foi, la chose s’est un peu étoffée. Je découvrais que le Livre était bel et bien présent, tant en qualité qu’en quantité, sur le réseau francophone au moins.

Nous sommes en septembre 2009, je dois être connecté depuis deux mois environ. Je tombe un jour dans la liste d’amis d’un ami — comme nous le faisons tous, sans doute —, sur Patrick de Friberg, que je ne connais que de nom pour l’avoir vu en librairie sur quelques couvertures. Je fais ma demande gentiment, comme pour les autres, sans le moindre dessein. Je découvre qu’il réside au Canada : ah ! ivresse de l’abolition des distances et de la communication instantanée par-delà les océans… Lisant sur son mur quelques interventions pertinentes d’une certaine Véronique Anger-de Friberg, dont je découvre qu’elle est son épouse, mais surtout un auteur, une éditrice, une Numide — mon mot pour ces nègres littéraires qui font un boulot de Romain. Lors je fais ma demande itou. Au fil des statuts des uns et des autres, je découvre avec intérêt quelques articles de Véronique sur ce qu’elle appelle l’Écolomania. Je ne sais plus exactement comment les choses se sont emmanchées, ni ce que j’ai pu écrire en commentant ceci ou cela : «les paroles s’envolent, les écrits restent», rien n’est moins vrai sur le réseau. Toujours est-il que Patrick, par message personnel FB, m’informe que Véronique met la dernière main à un manuscrit autour de cette question. Le sujet du livre n’étant pas le propos direct de cette histoire, je ne m’étendrai pas.
J’avais supposé évidemment que cette fenêtre sur la toile où je m’affichais en tant qu’éditeur allait m’attirer un certain nombre de propositions de ce type… Normal, et d’ailleurs sain puisque, après tout, c’est en publiant des manuscrits que je gagne ma vie. CQFD.
Je prends donc contact avec Véronique — par message perso FB, toujours — qui me confirme que oui, son travail est quasiment terminé et qu’elle n’est pas contre une publication, si le livre me convient. Alors qu’elle m’envoie son texte, je lui transmet quelques informations sur ma modeste maison et les conditions dans lesquelles elle serait éventuellement imprimée. J’ai l’habitude de ne jamais mentir sur l’état de ma dot avant de passer la bague au doigt. Ma diffusion, notamment, n’est pas la Rolls d’un Albin Michel : nous serons présents en librairie, en FNAC et autres mégastores, mais pas en grandes surfaces, par exemple.

En l’espace de quoi ? une semaine… dix jours peut-être, «l’affaire est dans le sac» comme le filmèrent les frères Prévert.
L'auteur
Le livre est bon, son propos judicieux et bien au centre de la réflexion ambiante (sans jeu de mot), son ton est exactement celui que je veux proposer dans ma collection d’essais, Pertinences. Bien sûr, Véronique ne hurle pas avec les loups, elle va même à contre-courant, mais c’est bien comme ça que je conçois mon rôle d’éditeur. De son côté, Véronique sait avec qui elle s’engage, et elle a quelques exigences. Entre autres que le livre soit en librairie avant la conférence sur le climat de Copenhague ; et qu’il soit disponible en ligne, gratuitement, deux mois après sa parution papier, soit janvier. Aïe, cette volonté-là m’est une violence : j’ai le sentiment que je me coupe l’herbe sous le pied. Cependant Véronique, qui a pas mal réfléchi au livre en ligne, m’assure que cette disponibilité ne devrait pas gêner la vente papier… et puis je veux jouer le jeu numérique jusqu’au bout.
Allez ! Banco, j’envoie un contrat rédigé dans ce sens. Véronique le signe.
Dans ce métier, ni l’un ni l’autre ne sommes tombés de la dernière pluie : nous parlons le même langage, même si nous ne nous sommes jamais vus. C’est une surprise et une première pour moi, instinctif viscéral, qui ai l’habitude de jauger — et d’être jaugé — face à face. À l’exception des échanges d’e-mails nécessaires à l’envoi de documents lourds, et de deux coups de fil, tous nos échanges ont lieu sur Facebook, par message perso, mais aussi sur nos murs respectifs. D’ailleurs, de mon côté, le réseau marche mieux que ma messagerie qui pédale dans le yaourt. Petit à petit, là non plus sans véritable préméditation, nous décidons comme une évidence de ne plus compter que sur le réseau pour la phase déterminante de l’existence d’un livre : sa promotion. Véronique a un lacis serré de plus de trois mille contacts, le mien est beaucoup plus modeste, mais en tout cela fait près de quatre mille.

Alors que je commence la correction et la mise en page, nous allons tester sur nos murs les projets de couvertures. C’est un élément essentiel pour un livre imprimé : sa vitrine, ce qui le distingue des autres sur les tables de librairie. Je vais donc proposer trois ébauches différentes, respectant chacune ma charte graphique, et demander à nos «amis» de donner leur avis, de critiquer, d’éreinter ou d’adhérer à l’une ou à l’autre. Toujours avançant le travail de maquette du texte, je suis les débats, pose des questions, réponds à d’autres. Puisque j’y suis, je teste aussi le texte du verso, premier contact du futur lecteur-acheteur avec le contenu du livre. Les choses s’affinent.
De son côté de l’Atlantique, Véronique entreprend avec quelques amis la réalisation de deux films promotionnels qui seront, eux aussi, mis en ligne et relayés sur nos murs… et celui de nos «amis» qui voudront bien les «partager», selon la terminologie idoine. Un premier est très court, plus une annonce qu’autre chose. Un second est nettement plus élaboré, dans lequel Véronique, face caméra dans leur maison canadienne, avec sa forêt, ses chiens, son bureau, explique son propos.
Le livre est imprimé en offset à 1 200 exemplaires chez Horizon à Gémenos (13), et il arrive comme prévu en librairie dans la semaine du 24, soit dix jours en moyenne avant la conférence de Copenhague qui envahit peu à peu nos médias, à coup de pages spéciales, de reportages «en situation» et autres billevesées complaisantes, Nicolas Hulot sort sur les écrans son pensum culpabilisant, après que Yann Artus-Bertrand ait notablement alourdi son bilan carbone… Bref, l’actualité est au consensus mou sur ces questions, et le livre de Véronique va faire tâche, mais alors tâche de bolognaise sur la chemise immaculée d’un présentateur de JT.

Les débuts sont foutrement difficiles. Le diffuseur est 40% au-dessous des chiffres annoncés, les services de presse — constitués essentiellement à partir du réseau Facebook de Véronique — ne donnent rien, sinon des reprises éhontées des affirmations et démonstrations du livre, non sourcées bien sûr. Éric Zemmour — qui n’est pas encore dans la tourmente de son dérapage à Canal +— cite Véronique quasiment dans le texte sur France2 et RTL, sans faire la moindre mention au livre que je lui ai envoyé et que visiblement il a lu. D’autres journalistes, dont certains «en vue», joignent Véronique pour lui dire qu’ils goûtent fort ce son de cloche différent dans le mièvre concert unanime, mais… qu’ils ne se sentent pas «libres» d’en parler.Chacun en tirera la conclusion qu’il voudra.
L'éditeur
Mais sur Facebook, où le livre est présenté, où le film est mis en lien… le débat est rageur : Véronique se fait insulter, je perds quelques «amis»… Beaucoup néanmoins sont curieux, cherchent le titre, présent en librairie, mais à quelques quatre cent cinquante exemplaires sur l’ensemble du territoire français. Quinze jours encore pour qu’enfin il arrive en Belgique, en Suisse. Quant au Canada, il faudra attendre… mai2010 ! Certes, ce n’est pas vraiment un livre cadeau et bien peu ont dû se retrouver sous le sapin. Là aussi, les manquements de la diffusion, et des libraires qui ne veulent pas commander en pleine période des fêtes, sont pointés sur Facebook par nos nombreux correspondants. L’occasion de lancer quelques débats sur la diffusion dans ce pays.

Puis, Copenhague prend fin. La montagne a accouché d’une souris, aussitôt boulottée par le gras matou de la Real politic… Le ton médiatique commence à changer : certains se demandent si les arcs de triomphe bâtis à la va-vite autour des climato-alarmistes n’étaient un peu prématurés. Comme sur Facebook plus tôt, les positions se radicalisent dans les colonnes et sur les antennes. Le GIEC, hier encore Vatican écolomaniaque, se fissure un peu partout. On donne la parole à des gens qui, hier encore, passaient au mieux pour de doux dingues ; Claude Allègre sort «L’Imposture climatique», chez Plon, en mars2010. Il cite au moins trois fois le livre de Véronique, et indique «La dernière Croisade» dans sa bibliographie.
Nous avons pris la décision, sur proposition de Véronique, de reporter au 15mars la mise en ligne du livre. On ne sait jamais…
Et les ventes décollent doucement. Oh, pas de quoi pavoiser, mais les libraires semblent découvrir qu’ils ont eu en rayon un titre qui donnait, un peu avant la grand-messe danoise, un autre son de cloche. Aujourd’hui «La dernière Croisade» est en ligne, lisible gratuitement et les ventes ne tarderont pas à atteindre les mille exemplaires réels, ce qui, dans le contexte de l’édition française, est loin d’être ridicule.
Et surtout, le discours a changé sur cette question : la foi du charbonnier n’est plus de mise sur la question des bouleversements climatiques. Je ne vais pas jusqu’à avoir la prétention d’y être pour quelque chose. Quoique… Véronique, elle, est persuadée que si ! Néanmoins, cette petite pierre aura enrichi le débat, suscité la polémique et la remise en cause dans le Landernau de nos réseaux. Petite pierre qui a du tomber dans la chaussure de quelques-uns car, puisque début février ma première page Facebook disparaît dans les limbes, «dispersée façon puzzle», comme disait l’autre.

Je considère surtout que j’ai fait le travail pour lequel j’ai choisi ce métier : permettre à une opinion non consensuelle d’être entendue sur l’agora.
Enfin ce texte-ci, en donnant à tous ceux qui ont participé à cette expérience de près ou de loin — par des avis, des commentaires, des conseils, des saillies, des colères, des adhésions — clos en quelque sorte le cycle d’une création intellectuelle tangible, dans l’économie réelle, réalisée en direct sur le virtuel de leur mur.".

Nicolas Grondin, éditeur. L’Arganier, Un arbre au seuil du désert



(1) A titre d'information, le nombre moyen des ventes de la catégorie "essais" est de 153 exemplaires... (Source : Rapport 2008 des chiffres de la culture en France. Télécharger le document PDF du Ministère de la Culture). Lire aussi cet article stupéfiant sur la réalité des chiffres de l'édition : "Flops en stock" (Bibliobs). Lire aussi "Le jeu de l'oie du web éditeur...


Nicolas Grondin s’engage dans les métiers du livre en rachetant, à 26 ans, la Librairie des Arcades à Pont l’Abbé (Finistère) qui fut l’une des librairies associées au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. Huit ans et une belle réussite plus tard, il développe avec succès la Librairie L’Atelier (Paris, XX°). Après un passage chez Vilo, Nicolas Grondin prend, en 2001, prend la direction éditoriale des Éditions Carnot, puis en 2004 celle de L’Arganier. Entre 1998 et 2006, il écrit une vingtaine d’ouvrages pour divers éditeurs dont deux polars édités chez Fleuve Noir.


Véronique Anger s’intéresse aux théories sur le réchauffement climatique au début des années 2000 et a écrit une trentaine d'articles (dont « Claude Allègre, hérétique ? » en 2006) sur la montée de ce qui ressemble de plus en plus à une nouvelle intolérance d'ordre religieux. Dans son dernier essai La dernière Croisade. Des Ecolos... aux Ecolomaniaques ! elle tente de décrypter l'écolomania sous l'angle religieux. N'étant pas scientifique, son propos n'est pas un plaidoyer pour ou contre les thèses sur le réchauffement climatique de nature anthropique, mais les questions principales sont : Doit-on accepter sous prétexte de bonnes intentions un nouveau dogme religieux ? A qui profite l'écolomania ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Tout savoir sur La dernière Croisade. Présentation vidéo par l’auteur.

dimanche 14 mars 2010

LA DERNIERE CROISADE. DES ECOLOS... AUX ECOLOMANIAQUES !


... et toujours en librairie dans les pays francophones ...

... alors ce n'est pas une raison pour ne pas l'acheter ...

Remerciements à Nicolas Grondin (éditions L'Arganier)


Parce que je crois que les idées sont faites pour essaimer, résonner et faire « raisonner » le plus grand nombre, mon dernier essai(1), La dernière Croisade. Des Ecolos... aux Ecolomaniaques ! est en lecture libre et intégrale sur Calaméo à partir du 15 mars 2010.

Aboutissement d'une réflexion initiée en 2005 (j'ai abordé ce thème dans une trentaine d'articles) La dernière Croisade. Des Ecolos... aux Ecolomaniaques !(2) est, à ma connaissance, le seul ouvrage qui tente de décrypter "l'écolomania" sous l'angle religieux. N'étant pas scientifique, le propos n'est pas un plaidoyer pour ou contre les thèses sur le réchauffement climatique, mais bien une analyse sur la montée de ce qui ressemble de plus en plus à l'émergence d'une nouvelle intolérance d'ordre religieux.

Les questions principales sont : Doit-on accepter sous couvert de bonnes intentions un nouveau dogme religieux ? A qui profite l'écolomania ?

Un discours qui rompt avec l'habituel prêt-à-penser que nous servent trop souvent les médias « officiels » sur ce sujet.

(1) Editions L'Arganier. En vente depuis le 24 novembre dans les pays francophones (à partir du 1er mai au Québec).

(2) Présentation du livre par l'auteur (vidéo, durée 7 mn).

dimanche 31 janvier 2010

A CEUX QUI ME POSENT REGULIEREMENT CETTE QUESTION...


L'impact de Facebook et des réseaux sociaux, à mon avis, reste très limité. Finalement, à peine 1% de mes 5000 amis facebookiens fréquentent régulièrement mon Mur. Etant donné que je modère fortement pour que ce soit un lieu de débat sur des sujets de société, mais pas une foire d'empoigne, ceux qui reviennent ont forcément des affinités. Les autres ne comprennent pas la règle du jeu "viril mais correct" et ne comprennent sans doute pas plus que je supprime leurs posts hors sujet, incohérents, agressifs, stupides,... Conclusion : mes amis Facebook ressemblent sûrement à mes amis IRL...

Avec Facebook, on arrive à peu près au même résultat que dans la vie : on essaie d'ouvrir sa porte à des personnes issues d'horizons totalement différents qui ont des références culturelles, intellectuelles, etc différentes et, finalement, on ne se lie vraiment qu'avec celles qui partagent à peu près les mêmes valeurs et acceptent notre point de vue. Sous réserve que, si elles nous contredisent, elles ne cherchent pas à nous museler ou à nous détruire comme c'est souvent le cas sur les blogs et les réseaux sociaux. On ne tolère que les amis qui nous veulent du bien.

Quel impact a-t-on sur nos amis IRL (in real life*), nos relations ? Si l'on considère que nul n'est prophète en son pays, je dirais donc qu'il est extrêmement limité ! Le seul intérêt me semble-t-il (en dehors de l'aspect convivial limité à son réseau de proches si l'on choisit l'option "Profil public" et une ouverture aux amis de tous poils) d'utiliser les réseaux sociaux et blogs, c'est de prendre la blogosphère pour ce qu'elle est, à savoir : une caisse de résonance, et parfois un contre pouvoir.

Elle permet de constituer des réseaux d'influence en fonction des objectifs que l'on poursuit, de s'allier à certains individus partageant la même préoccupation ou la même finalité pour tenter de diffuser notre point de vue ou de défendre les libertés individuelles.

La blogosphère nous confronte, tout comme dans la vie réelle, à l'éternel problème du pouvoir et des contre pouvoirs... tout simplement.

Le tout est de trouver le bon équilibre entre l'usage raisonnable et l'abus et, une fois cet équilibre atteint, à le maintenir. Facile à dire, difficile à faire !

*Dans la vraie vie.

dimanche 29 novembre 2009

LE "VERT" EST DANS LE FRUIT...


Avant-propos de mon nouvel essai, "La dernière Croisade. Des Ecolos... aux Ecolomaniaques!" (L'Arganier. Collection Pertinences. 176 Pages. 15€. Sortie le 24 novembre 2009).
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J’ai commencé à coucher mes réflexions sur le papier au début du printemps 2008, alors que le discours « écolomaniaque » atteignait son paroxysme en France et au Québec. Cet essai aurait d’ailleurs dû paraître en librairie dès la fin de cette même année si la crise économique, qui frappa de plein fouet la planète à l'automne suivant, n’avait occulté, dans les discours politiques et les médias, les questions liées au réchauffement climatique.

Nul besoin d’être grand clerc pour annoncer que les chantres du « climatologiquement correct » et leurs prêches catastrophistes ne tarderont pas à réinvestir le devant de la scène mondiale dès que le cataclysme financier sera derrière nous. D’ailleurs, à l’heure où je noircis ces lignes, je sens déjà le frémissement d’un retour en force de la religion du « climatologiquement correct ». Le débat autour de la « Taxe carbone » et la perspective de la tenue du Sommet sur le climat de Copenhague, probablement…

Ne nous y trompons pas, la question du réchauffement climatique se répand à vitesse « grand V » jusque dans les pays pauvres. Premières victimes du dérèglement climatique, ces populations sont sensibilisées par la fonte des glaces et autres catastrophes naturelles (tsunamis, inondations, famines, sécheresses…) qui représentent une menace directe pour elles.

La nouvelle idéologie qui s’impose de plus en plus dans les pays touchés par la pauvreté prétend que les responsables de ces catastrophes sont les pays qui surconsomment, les pays riches donc. Un nouvel ennemi est désigné comme la cause de tous les maux de la planète, et cet ennemi c’est l’Occident.

Pour ne citer que cet exemple, que penser, en effet, de l’enseignement dispensé par les professeurs de « développement durable » dans les écoles primaires d’Inde, du Népal ou du Bengladesh(1) ? Les jeunes élèves, ces futurs « réfugiés climatiques(2) » comme on les nomme désormais y apprennent qu’ils sont les victimes des nations riches qui ont rendu exsangue leur pays à force d’exploiter ses ressources et sa population, que ces pays oppresseurs sont seuls responsables du réchauffement global et donc de toute la misère qui en découle. Certes, nul n’oserait contester le manque de générosité et de compassion des pays riches vis-à-vis des pays pauvres. Cette insoutenable indifférence est d’ailleurs abordée dans cet ouvrage(3). Cependant, ce discours donne une explication simpliste et réductrice à la pauvreté des nations en voie de développement. Il me semble davantage relever de la volonté de manipuler et d’inciter des millions de jeunes esprits à la Haine de l’Occiden(4) que d’une quête de vérité et de partage des responsabilités. Désigner, sans autre forme de procès, un bouc émissaire — qui plus est consentant et pénitent — pour expliquer aux pauvres qu’ils ne parviennent pas à sortir de la pauvreté à cause d’un « complot » des pays riches travaillant à leur perte me semble un raccourci dangereux, peu propice au maintien de la paix et au développement de la coopération entre les peuples.
Assurément, le « Vert » est dans le fruit…

En Occident, le contexte psychosocial dans lequel a émergé et continue à se renforcer le « climatologiquement correct », le vocabulaire religieux, les aspects transcendants, le dogme, les excès, l’intolérance… caractérisent aussi bien certains « climat-alarmistes » que certains « climat-sceptiques ». Toutefois, seul le discours alarmiste fait référence aux croyances, aux craintes liées à un châtiment divin ou à des superstitions découlant de nos terreurs collectives ancestrales.

La question du rapport de l’humain avec le divin, du sentiment religieux comme lien social, la définition du bien et du mal, l’universalité du message, les tentatives de détournement de la science au profit de la religion, les rituels sociaux, la désignation de boucs émissaires, la nature « sacrée » de mère Nature… constituent autant de pistes révélant l’émergence d’une nouvelle religion(5). Une nouvelle religion de plus en plus réfractaire au doute et à la discussion et dont il faut dénoncer les excès lorsque celle-ci revêt les habits de l’intolérance, cherche à installer « sa » vérité coûte que coûte et à s’imposer à tous sans débat préalable avec ses contradicteurs. Au motif que la fin justifie les moyens.

J’ai établi un parallèle entre le « climatologiquement correct » et le dogme religieux — au sens de croyance religieuse aussi bien que de religion idéologique—dès 2006(6) tant il me paraissait éclatant alors. Aujourd’hui, alors que l’Écolomania prend une dimension inquiétante, les questions que chacun devrait se poser sont les suivantes : doit-on accepter, sous prétexte de bonnes intentions, un nouveau dogme religieux ?

À qui profite cette Écolomania ?

Du 7 au 18 décembre 2009, les dirigeants de cent quatrevingt-dix pays se rencontreront à Copenhague, au Danemark, pour essayer de se mettre d’accord sur une convention mondiale destinée à remplacer le protocole de Kyoto. Stavros Dimas(7) a déclaré que l’accord devrait permettre de limiter le réchauffement climatique en divisant par deux les émissions mondiales d’ici à 2050 par rapport aux niveaux de 1990.

À l’heure où j’écris, nous sommes à l’aube de cette grandmesse médiatique, et il m’a paru nécessaire d’attirer l’attention du lecteur — qu’il ait ou non la foi — sur les dérives possibles des discours dogmatiques qui s’attachent désormais au réchauffement climatique.

Si la religion, comme toute religion de la plus primitive à la plus moderne, est le plus souvent un facteur de cohésion sociale, elle risque aussi de conduire à la désagrégation d’une société lorsque celle-ci est fragilisée ou divisée. En temps de crise, la tentation est forte de désigner un ou des coupables. Quand des leaders charismatiques parviennent à convaincre une majorité d’individus angoissés qu’un groupe bien identifié—de préférence la minorité qui doute ou pose des questions dérangeantes — nuit à la communauté tout entière, cela ne peut mener qu’à une seule issue : la violence collective aboutissant au sacrifice de boucs émissaires.

Il serait sage de ne pas l’oublier…

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(1) Je fais référence au documentaire de Romain Clément « Le toit du monde nous fond sur la tête » (2008) diffusé sur TV5 Canada les 22 et 25 février 2009.

(2) Le GIEC amisé en 2007 sur une hausse de 59 cmaumaximumdu niveau de lamer d'ici à 2100 en ne prenant en compte que l'expansion naturelle du volume des eaux océaniques due à leur réchauffement, sans intégrer la fonte des glaces de l'Antarctique et du Groënland. Un tel phénomène pourrait entraîner le déplacement d’ici à 2050 d’environ 200millions de personnes des îles mais aussi des régions et villes situées sur les côtes ou dans les deltas, selon ses prévisions. Source: Extrait du rapport publié par Le Monde/AFP le 12 mai 2009 in Réchauffement limatique: les petits États insulaires en première ligne*. Information confirmée par le rapport Care international de juin 2009 et le Centre pour un réseau international d'information sur les sciences de la Terre de l’université de Columbia : environ 200 millions de personnes seraient contraintes d’émigrer vers d’autres régions ou d’autres pays d’ici à 2050.

(3) Seul 1 milliard a été versé pour lutter contre la faim en 2008 sur les 12,3 promis. Une goutte d’eau, à l’échelle des 1500 milliards de dollars débloqués en quelques jours par l’Europe et les États-Unis pour venir en aide aux banques de leurs pays au plus fort de la crise…

(4) Pour reprendre le titre de Jean Ziegler, Éditions Albin Michel, 2008.

(5) Voir, en annexe, mon article « Claude Allègre, hérétique ? » publié sur AgoraVox le 5 octobre 2006, où ce parallèle entre nouvelle religion et intégrisme écologique est exploré.

(6) Ibid.

(7) Commissaire de l’Union européenne, chargé de l'environnement depuis 2004.

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TABLE DES MATIÈRES


Avant-propos : LE VERT EST DANS LE FRUIT…

I. AU DIABLE LES PROPHÉTIES DE L’APOCALYPSE !
Épidémie d’Écolomania - La « vérité qui dérange », vérité absolue ? - Les sceptiques contre l’intégrisme écologique - Le « gros bon sens » inuit - Convertir le « bon sauvage » - Urgence planétaire - La chasse aux sorcières est ouverte.

II. LA VÉRITÉ EST AILLEURS…
D’autres pistes pour expliquer le réchauffement ? - Le soleil, la mer et les nuages - Un dialogue de sourds - Énergies « propres » combien ça coûte ? - Un projet tué dans l’oeuf…- Scier la branche…- A qui profite la pile à hydrogène ? - La voiture électrique ne date pas d’hier…

III. LE « CLIMATOLOGIQUEMENT CORRECT » : PAROLE D’ÉVANGILE ?
L’enfer est pavé de bonnes intentions - Catéchèse obligatoire - La vie devant soi…- Un juste châtiment -
La colère des dieux - Pensée magique et bouc émissaire - Une question d’ordre public - L’évangélisation des foules - Al Gore sait ce qui est bon pour nous… - Une véritable profession de Foi - Paris vaut bien une
messe… - Un Grenelle Environnement.

IV. LA POUTRE DANS TON OEIL…
Du pétrole, mais pas beaucoup d’idées… - Mauvaise Foi ? - Quand « le maître du rite déchaîne les monstres »… - Boire la coupe jusqu’à la lie – Taxe carbone : une usine à gaz… - Les marchands du Temple et le filon du « vert » - Une arme de « manipulation massive » - Diviser pour régner - Un
acte de contrition parfait - Des remèdes pires que le mal ? - Vers la manipulation climatique - Le syndrome
de l’enfant-roi.

V. PARDONNEZ-NOUS CAR NOUS AVONS PÉCHÉ…
L’arbre qui cache la forêt - La « faim » du monde - Pardonnez-nous, car nous avons péché…- « L’improbable n’est pas certain » - Écologie et lutte contre la pauvreté, c’est possible - De plus en plus d’initiatives voient le jour - Le sens de la vie ?

ANNEXES
VOITURES « VERTES » : C’EST DÉJÀ DEMAIN!
CLAUDE ALLÈGRE, HÉRÉTIQUE ?
NOTES, RÉFÉRENCES ET LIENS HYPERTEXTES.

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Plus d'infos sur mon livre : http://www.lesdialoguesstrategiques.com/index.php?option=com_content&task=view&id=185&Itemid=188

mercredi 20 mai 2009

LE JEU DE L’OIE DU WEB EDITEUR


J’aimerais rappeler que la publication numérique et l’auto-édition ne sont pas nés avec Lulu ou ces autres sites qui proposent aujourd’hui de publier son livre soi-même et de le proposer en téléchargement gratuit ou payant.

J'avais presque oublié ma propre expérience qui remonte au début de l'année 1996... Il était une fois une jeune femme passionnée par la révolution de l'information qui avait l'intuition que le Net allait révolutionner notre conception de l'édition et de la communication. Je ne dis pas ça pour frimer... ou pour que vous vous exclamiez : « Quelle visionnaire ! » Quoique…
Avec mon petit Mac SE qui supportait mal le chargement du site du Musée du Louvre ou de Stanford, et plantait avec sa connexion RTC à 1600 bits/s… je vivais les balbutiements de la grande Toile (il paraît que c’est ringard de dire « toile » désormais. Il faut dire « nuage » (« cloud ») paraît-il…). Nous -je dis "nous" car sans cette réflexion collective, notre connaissance des nouvelles technologies de l’information, ainsi que nous les appelions déjà, n’aurait sans doute pas progressé aussi rapidement- nous étions quelques uns déjà à fréquenter « L’Atelier » de Jean-Michel Billaut, la cellule de veille technologique qu’il avait créée au début des années 90 pour étudier les impacts de l’émergence du Web.
Cette petite communauté virtuelle appelée « Le Babillard » comptait quelques membres écoutés dans les « sphères autorisées » selon l’expression consacrée… Jean-Michel Billaut bien sûr, Joël de Rosnay (futurologue qu’on ne présente plus), Richard Collin (chercheur dans les technologies de l’intelligence, ancien directeur du centre européen Neurope Lab), Michel Hervé (alors maire de Parthenay), Pierre-André Pays (fondateur d’Edelweb, société pionnière dans la sécurité et le paiement en ligne), Pierre Lévy (philosophe, chercheur dans le domaine de l’intelligence collective), Michel Authier (auteur du concept des « arbres de connaissance », avec Richard Collin, Pierre Lévy et Michel Serres), Charles Goldfinger (auteur de : « L’économie de l’immatériel » en 1994), François Druel (informaticien), Antoine Champagne (alors journaliste à l’AGEFI) et bien d’autres encore, issus de tous horizons, et qui me pardonneront je l'espère de ne pas les citer ici. Tous ont œuvré pour faire connaître au monde de l’entreprise, mais aussi au plus grand nombre, ces fameuses NTIC. Plus tard, plusieurs acteurs du Babillard seront mes invités dans Les Dialogues Stratégiques (cf. : liens hypertextes vers leurs interviews).

Un petit côté Steve Job’s garage
La communauté se rencontrait parfois IRL (In Real Life...) lors de conférences notamment, mais aussi pour des séances de travail sur les NTIC. Jean-Michel Billaut avait donné à son "Atelier " un petit côté « Palo Alto » ou plus exactement un esprit « Steve Jobs’ garage » (au sens de : prenez 2 ou 3 ordinateurs, ameutez des gens plein d’idées et faites bouillonner le tout dans le garage d’un hôte accueillant... en l’occurrence la BNP Paribas, avenue Kléber à Paris).
On apprenait l’Internet "en faisant". Et ça, c’était assez novateur. En France, on a souvent très peur du changement, de la nouveauté. On attend que la technologie soit là, incontournable, pour s'y mettre alors qu'il faudrait évoluer pas à pas, avec elle. Certains changements sont inéluctables et c’était le cas de l’Internet (que tant ont voulu et veulent encore contrôler...) comme c’est aujourd’hui le cas de l’édition numérique, qui semble tellement inquiéter la chaîne de l’édition, des distributeurs/diffuseurs aux éditeurs en passant par les libraires et les auteurs, jusqu’aux lecteurs de livres papier qui ne conçoivent le livre que sous son format « matériel ».
On était bien au début des années 1990… mais il faut croire que l’empreinte des années 1970 avec sa sensation de liberté et son allant pour la créativité étaient encore bien présents. J’ai eu beaucoup de chance à l’époque de croiser la route de ce petit groupe de veille techno et de réflexion. C’était passionnant. L’ancêtre du réseautage social… et du blog aussi, puisque les échanges via le Babillard étaient plutôt animés, voire bagarreurs.
On a souvent parlé d’internet comme d’un changement de paradigme en le comparant à l’arrivée de l’imprimerie. L’édition numérique aussi change de modèle et les transformations sont amorcées, qu’on le veuille ou non. Ce n’est qu’une question de temps. La bonne question n’est pas : Comment arrêter ça, mais comment s’y adapter ? Mais ce n’est pas le sujet, puisque le sujet cette fois… c’est moi (ben oui… c’est comme ça !).
Donc, pour en revenir à mon histoire, je vous disais que l’édition numérique ne datait pas d’aujourd’hui ni même d'hier ! En effet, mon premier roman policier, « Le secret du Papyrus(1) » (1994) a été le premier roman « plurimédia(2) » (plusieurs médias) un néologisme inventé par Paul-André Pays. Ce grand pro de l’informatique avait trouvé mon idée de publication en ligne tellement originale et avant-gardiste qu’il m’avait proposé d’héberger gratuitement mon site Carpe diem communication. Mon idée était que mon livre soit accessible à tous gratuitement et en version intégrale. Dans la foulée, Paul-André avait eu l’idée géniale d’associer un Forum de discussion (on était en juin 1996) au « secret du Papyrus » ! Il était prévu que seul, le livre imprimé et diffusé en librairie, serait payant.
Et oui, finalement, rien de nouveau sur la planète ! Le modèle édition numérique + gratuité, je l'ai testé dès le début du web... Voilà pourquoi tous ces débats sur le futur de l'édition, ça ne fait qu’apporter de l’eau à mon moulin qui avait juste… 15 ans d’avance !


(1) Editions Carpe diem communication©. 1996. ISBN n°2-9510126-0-8
(2) La preuve en images : « Le Soir », Journal de France 3 national du 21 novembre 1996 a diffusé un sujet sur mon concept et si vous trouvez les images du site et du livre dans les archives de l’INA, je suis preneuse. En attendant, j’essaie de trouver, au Canada, un propriétaire de magnétoscope français pour convertir la K7 qui traîne dans un vieux tiroir en version téléchargeable sur PC… je vous tiens au courant !).


Notas :
- « Le secret du Papyrus » est toujours accessible en intégral grâce aux archives du Net (soyez indulgent, c'est une oeuvre de jeunesse...) :
http://web.archive.org/web/20020507050556/www.carpediemcommunication.com/livre.htm

Et sur le site Edelweb archivé sur les Archives du Net de 1996 :
http://web.archive.org/web/19970224232757/www.edelweb.fr/EdelStuff/Guests/

On n'accède plus au Forum bien sûr, mais sa "trace" est encore visible dans les Archives du Net de 1996 (incroyable):
http://web.archive.org/web/19970224232944/www.edelweb.fr/EdelStuff/EdelForum/

- Vous pouvez également retrouver « Le Jeu de l’oie du Web éditeur » (il y a quelques bugs dans le site archivé, qui est une version plus récente que j’avais transposée sur un autre serveur) mais le texte, intact, vous donnera une bonne idée du concept… :
http://web.archive.org/web/20010927214538/www.carpediemcommunication.com/oie.htm

- Vous retrouverez les liens vers « Les Dialogues Stratégiques » des anciens du « Babillard » dans la page « Tous nos invités » (classement des invités par ordre alphabétique) :
http://www.lesdialoguesstrategiques.com/index.php?option=com_content&task=view&id=12&Itemid=13